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Text of Le Monde article on Christopher Nolan here (in French).

Lifted from France:
Sur les plateaux de tournage, que ce soit sur un glacier en Islande ou au bord de la mer en Italie en plein été, Christopher Nolan ne se sépare jamais de sa tasse de thé. Elle est comme collée à sa main, toujours à sa disposition. Avec le temps, sans doute en quittant son Angleterre natale pour s’installer aux Etats-Unis dans les années 1990, la tasse s’est transformée en un mug plus facilement transportable.
Le cinéaste américain Samuel Fuller dirigeait ses plateaux avec un pistolet à la main, Nolan le fait en dégustant son thé. D’ailleurs, la seule aspérité sur son visage de collégien modèle, au teint diaphane et à la mèche impeccablement couchée sur le côté, serait ces légères marques brunes sur les dents, résultat de son goût prononcé pour la théine.
« Il a toujours un sachet de thé dans sa poche, remarque l’acteur britannique Michael Caine, qui a travaillé sur tous les films de Nolan depuis Batman Begins [2005] jusqu’au nouveau, Tenet, soit huit longs-métrages. Il peut faire une chaleur d’enfer, il portera toujours sur lui un imperméable avec une poche suffisamment grande pour transporter ses sachets de thé. Et vous le voyez tranquillement siroter sous vos yeux toute la journée. Je me suis dit un jour qu’il devait avoir dans sa poche quelque chose de plus engageant. » L’acteur s’est risqué à demander au réalisateur d’Inception (2010) s’il n’y avait pas un peu de vodka planquée dans la doublure. « Non, a répondu Nolan. Du thé. Rien d’autre. »
Le seul capable de ramener le grand public au cinéma
Si la sobriété est l’un des traits structurants du réalisateur de 49 ans, il en va très différemment de ses films. La folie des projets de Christopher Nolan s’accompagne en plus avec Tenet et ses 200 millions de dollars (172 millions d’euros) de budget d’une attente démesurée. Dans un été déserté par les productions hollywoodiennes, pour la plupart ajournées à 2021, le film tient un rôle messianique. Il est considéré par de nombreux observateurs comme le seul pilier capable de maintenir d’équerre l’édifice des salles obscures, durement frappées par le Covid-19, en ramenant le grand public au cinéma.
Nolan sait la responsabilité qui lui incombe. Le 20 mars, le cinéaste publiait une tribune dans The Washington Post où il demandait au gouvernement américain de venir au secours des exploitants. Le metteur en scène insistait aussi sur l’expérience unique procurée par la salle, « le rôle essentiel qu’elle tient dans notre vie sociale ».
D’abord annoncée au 17 juillet, la sortie du film a été repoussée au 31 juillet puis au 12 août. Avant que Warner Bros ne décide en catastrophe d’un nouveau report sine die, précisant que les dates aux Etats-Unis et dans le reste du monde pourraient ne pas être identiques.
Car programmer, en pleine pandémie, une production aussi onéreuse que Tenet, alors que les cinémas demeurent fermés dans de nombreux Etats américains, y compris en Californie, est une proposition aussi peu raisonnable que les scénarios de Nolan. Autre difficulté : en Chine, seuls les films de moins de deux heures sont éligibles pour la réouverture des salles. Tenet durerait, lui, deux heures trente.
Pour patienter, les spectateurs français pourront se consoler avec la ressortie sur grand écran le 29 juillet d’Inception. Un thriller qui rappelle à quel point les films de Christopher Nolan défient le sens commun. Inception met en scène une équipe d’espions qui infiltrent le subconscient de leurs victimes pour s’installer dans cette zone grise où le rêve se mêle à la réalité. Dans Interstellar (2014), un astronaute envoyé dans une autre galaxie afin de trouver une planète habitable transmet à sa fille, depuis le futur, les informations quantiques lui permettant de maîtriser la force de gravitation afin d’évacuer l’ensemble des Terriens vers un trou de ver à proximité de Saturne.
Une obsession du temps
Lorsque le cinéaste s’attaque à la reconstitution historique avec Dunkerque (2017), relatant le rembarquement, en mai 1940, des troupes britanniques coincées dans la poche de Dunkerque, à la fin de la campagne de France, c’est pour manier une autre de ses obsessions, la flexibilité du temps, entrecroisant les destins de trois soldats qui se jouent sur l’espace d’une heure, d’une journée et d’une semaine.
Même lorsqu’il s’essaie à la forme plus conventionnelle du film de super-héros, avec sa trilogie Batman Begins, The Dark Knight (2008) et The Dark Knight Rises (2012), c’est pour faire du justicier en cape un héros post 11-Septembre qui lutte contre le terrorisme alors que sa légitimité et son pouvoir sont remis en question.
Dans le cinéma américain, Nolan est un cas unique. Le seul à récolter les budgets les plus élevés auprès des studios (de 100 millions à 150 millions de dollars pour Dunkerque, plus de 200 millions pour Tenet), tout en concevant les scénarios les plus cérébraux et les plus audacieux. Et lui, le métaphysicien d’Hollywood, celui qui fait de la physique quantique la matière même de ses fictions, à rebours de toute ficelle facile, séduit le public, le convainc d’adhérer à des expériences narratives qu’il ne tolérerait chez aucun autre réalisateur.
Il y a des raisons objectives à cela. Au Nolan avant-gardiste se superpose un Nolan hédoniste, fasciné par les films de James Bond, leur esthétique de globe-trotteur de haut vol, leur univers en papier glacé traversé de créatures blondes sculpturales, de demeures somptueuses et de navires de plaisance rutilants. « LA NASA VIENT D’ANNONCER QU’ON A PEUT-ÊTRE TROUVÉ UN UNIVERS PARALLÈLE OÙ LE TEMPS S’ÉCOULE À L’ENVERS. D’OÙ MA QUESTION : QUE SE PASSERAIT-IL S’IL DEVENAIT POSSIBLE DE CHANGER LA DIRECTION DU TEMPS ? » CHRISTOPHER NOLAN
Ce décor est celui de Tenet. Dans le nouveau long-métrage de Nolan, un agent secret, incarné par John David Washington, est chargé d’épargner à la planète une menace plus tragique qu’un affrontement nucléaire, « une guerre froide, précise le réalisateur, mais une guerre si froide qu’il devient à peine licite de l’évoquer, tant elle doit demeurer secrète ».
Nolan avait tourné Inception au Japon, à Paris, au Maroc, en Californie, au Royaume-Uni et au Canada. Pour Tenet, il s’est rendu en Inde, en Italie, en Norvège, au Danemark, en Estonie et en Angleterre.
Et le paradoxe Nolan de se confirmer. Tenet est une œuvre hautement personnelle, complexe, où l’auteur matérialise une de ses réflexions personnelles, celle du temps. Quand il l’évoque, il affiche un air encore plus assuré. Une forme de fierté qui l’anime. Le soulagement d’avoir fixé pour de bon une idée obsédante. Dans le film, à l’occasion d’un exercice de tir, une balle semble rebondir sur son point d’impact pour retourner dans le canon de l’arme.
Quelques scènes plus tard, un immense cargo avance alors que les vagues semblent se rétracter, naviguant pour ainsi dire en arrière dans le temps, tandis qu’une poursuite en voiture, dans laquelle se trouve impliqué le personnage principal, se conclut par un véhicule accidenté retournant à son état initial. « Que s’est-il passé ? », demande un mystérieux agent double incarné par Robert Pattinson à John David Washington. « Rien, répond ce dernier, les choses ne se sont pas encore vraiment produites. »
Une mémoire exceptionnelle
Le titre du film, Tenet, est un palindrome, il peut se lire indifféremment de droite à gauche ou de gauche à droite. En physique, la notion d’inversion, et, avec elle, l’idée que les lois de la physique seraient réversibles et symétriques, fascine Nolan.
« Je vais tenter d’expliquer les choses de la manière la plus lisible possible. Il est théoriquement tout à fait possible d’inverser la courbe du temps. Selon des principes classiques, le temps s’écoule de manière unidirectionnelle : il y a le passé, le présent et l’avenir, avec une flèche du temps allant dans cet ordre. Mais, à une échelle quantique, il se révèle tout à fait possible d’inverser cet ordre, d’aller du futur vers le passé. La NASA vient d’annoncer qu’on a peut-être trouvé un univers parallèle où le temps s’écoule à l’envers. D’où ma question : que se passerait-il s’il devenait possible de changer la direction du temps ? L’idée de Tenet est que le temps puisse tout à fait emprunter des directions différentes. » La délinéarisation du temps reste le trait distinctif du cinéma de Nolan.
Et le film sur lequel ce dernier revient inévitablement, comme si tout partait de là, reste son deuxième, Memento (2000), où le temps s’écoule à reculons. L’ordre de ses scènes avait été inversé, mais jamais l’action à l’intérieur de celles-ci. Le personnage principal, Leonard Shelby, un inspecteur de police souffrant d’amnésie à la suite d’un traumatisme crânien, perd sa capacité à utiliser sa mémoire à court terme, au point de devoir tout noter et de tatouer sur son corps les informations capitales lui permettant de retrouver la trace du meurtrier de sa femme.
De tous les personnages imaginés par Nolan, Leonard Shelby apparaît comme le plus proche de lui-même, et pas seulement parce que ce dernier, en parfaite harmonie avec la logique inversée de son film si singulier, a depuis longtemps pris l’habitude de lire les journaux de droite à gauche, commençant systématiquement par la dernière page. Mais à l’effondrement de la mémoire du protagoniste de Memento répond l’hypermnésie de son créateur. L’épouse de Nolan et également productrice de ses films, Emma Thomas, avait d’emblée été frappée par l’étrange mode de fonctionnement du cerveau de son mari.
« Une idée chez lui ne s’exprime que s’il trouve un cadre pour la raconter, constate-t-elle. C’était ainsi le cas pour Inception et Interstellar. Avec Tenet, ce fut encore plus douloureux, dix ans peut-être, cela relevait de l’idée fixe. Mais, une fois son scénario écrit, il a pour ainsi dire son film en tête, à l’image près. Quand il passe dans la salle de montage, c’est encore plus impressionnant. Il garde une trace intacte de chaque prise pour la moindre scène. S’il faut faire la différence entre trente prises, il y parviendra avec une facilité déconcertante. » L’ordre et la rigueur
Christopher Nolan a besoin d’une routine éprouvée pour gérer sa mémoire. Il range systématiquement ses clés dans la même poche. Et prend soin de noter consciencieusement ses idées sur un calepin. Sa tenue vestimentaire de rigueur – un costume trois-pièces, une chemise blanche ou bleu pâle, toujours sans cravate –, portée indifféremment toute l’année, qu’il vente ou qu’il pleuve, s’inscrit dans ce minutieux train-train.
Pour laisser vagabonder son esprit avec la plus grande liberté, Nolan s’est efforcé d’automatiser les tâches matérielles et les aspects les plus fondamentaux de sa vie, à la manière d’une équation de taille qui, une fois résolue, ne nécessite plus d’être revue.
L’ordre et la rigueur règnent dans son monde. Et, en période d’épidémie, c’est très scrupuleusement que le réalisateur respecte les règles sanitaires d’usage. L’entretien se fait à distance et les autoportraits sont réalisés avec l’aide de son fils Oliver afin d’éviter le contact avec un photographe.
Le réalisateur a rencontré à 19 ans son épouse, la future mère de ses quatre enfants, alors qu’ils partageaient les bancs de l’université à Londres. Il s’entoure des mêmes collaborateurs, les directeurs de la photo Wally Pfister puis Hoyte van Hoytema, le monteur Lee Smith, le directeur artistique Nathan Crowley, son frère et scénariste Jonathan Nolan.
Le metteur en scène travaille également pour le même studio, Warner, depuis Insomnia (2002). En fait, le gigantisme de ses productions, l’entreprise titanesque pour les mener à bien, ne relève du possible qu’après avoir bâti un écosystème verrouillé où chacun est à sa place. Intégrer ce phalanstère ne devient envisageable qu’après un strict examen de passage. Un héritage des débuts de Nolan où, sur le plateau de Following (1998), un film tourné les week-ends avec une équipe réduite, il s’occupait d’absolument tout, de la direction de la photo à la direction artistique, jusqu’au menu des déjeuners et à la gestion du ménage à la fin de la journée. Secret-défense
Sur un plateau, Christopher Nolan possède une idée précise de ce que constitue chaque poste de travail. « Je ne suis jamais allé dans une école de cinéma », précise-t-il. Avant d’ajouter : « Comme Stanley Kubrick. » Le seul point commun avec son maître absolu qu’il s’autorise à revendiquer. Intégrer la garde rapprochée de Nolan, un peu à l’image de celle de Stanley Kubrick, passe par un rigoureux bilan de compétences. Il s’agit aussi, à côté de l’indispensable bagage technique et créatif, de faire vœu de silence.
Travailler à ses côtés exige un goût assumé de la confidentialité, en particulier concernant les intrigues de ses films. Avoir accès à des extraits de Tenet pour préparer un entretien avec son réalisateur relève du secret-défense : ceux-ci sont accessibles sur un site sécurisé, avec un code d’accès, pendant une heure avant de s’autodétruire. Comme dans le générique de chaque épisode de Mission impossible.
Michael Caine a fait la connaissance de Christopher Nolan sur le pas de sa porte. L’acteur vétéran britannique, l’une des figures masculines – avec Sean Connery, Albert Finney et Richard Burton – du renouveau du cinéma anglais dans les années 1960, l’avait confondu avec un coursier, tant la démarche – frapper à l’improviste à la porte d’un de ses futurs comédiens – était inhabituelle.
« Je m’appelle Christopher Nolan, j’ai en ma possession un scénario pour vous », avait-il déclaré. Le cinéaste tenait à ce que Caine incarne le majordome de Bruce Wayne dans Batman Begins. Le comédien assure au metteur en scène qu’il prendra le temps de lire le scénario rapidement, mais Nolan, dans l’impossibilité de le laisser circuler, lui demande de le consulter immédiatement. Il s’est alors installé dans le salon, a avalé plusieurs tasses de thé puis, après avoir obtenu le quitus de son acteur, est reparti avec son scénario sous le bras.
L’analogique dans le sang
De Kubrick, Nolan retient un film au-dessus des autres : 2001 : l’Odyssée de l’espace. Il l’a découvert enfant, en a assuré la restauration en 2018. Il y avait ici une démarche altruiste mais aussi mystique. Comme si s’emparer de 2001, en nettoyer le moindre photogramme, permettait enfin à ce réalisateur autodidacte d’accéder aux secrets d’une œuvre dont il n’arrive pas à épuiser la richesse. Car son obsession du temps, il l’éprouve dans son goût revendiqué pour la pellicule.
Quand la quasi-intégralité des réalisateurs hollywoodiens travaille avec le numérique, explorant les possibilités de l’imagerie technologique, et tourne sur fond vert, Nolan est l’un des seuls à résister, membre d’un dernier carré de fidèles avec Steven Spielberg et Quentin Tarantino. « Ce n’est pas uniquement une question de fétichisme, l’analogique se rapproche de ce que voit mon œil. Or je tiens à restituer à l’écran ce que j’ai vu. »
Mais il y a surtout un aspect tactile dans le 35 mm, essentiel aux yeux de Nolan : la pellicule reste concrète. Le cinéaste peut la prendre dans ses mains, inspecter avec ses yeux chaque photogramme, obtenir la sensation du temps qui passe, d’une action qui est, qui ne sera plus, mais dont le mouvement a été fixé pour l’éternité. Ou, à l’opposé, il regarde cette pellicule à l’envers, remonte le cours d’une histoire.
« La caméra vous laisse voir le temps, ce n’était pas possible auparavant dans les autres formes d’expression artistique. C’est pour ça que je m’efforce tant de trouver des histoires ne pouvant être racontées qu’au cinéma », explique le réalisateur. Physique quantique et mélancolique
Quand il triture la pellicule, Nolan concilie les deux grandes affaires qui ont façonné sa personnalité, et donc son travail : le goût de l’abstraction et le besoin de raconter des histoires. Très jeune, sans doute influencé par les films de science-fiction, il s’était pris de passion pour la physique et avait été frappé par les biais narratifs sur lesquels s’appuyaient certains scientifiques.
Albert Einstein, notamment, travaillait toujours de manière intuitive, en partant d’un récit. Le physicien pensait par exemple à des jumeaux. L’un prend le train, l’autre se trouve abandonné sur le quai de la gare. Mais ils se retrouvent quelques années plus tard. « Ont-ils vieilli de la même manière ? se demande Nolan. Il y a une certaine mélancolie dans la réponse à une telle question qui illustre à merveille les lois de la physique quantique. »
Le cinéma lui a permis de trouver cette mélancolie, d’apposer de la tristesse au monde apparemment mécanique de la science. Pour lui, les avancées technologiques révèlent une immense solitude. Voilà ce qui l’a toujours frappé dans 2001 et qu’il n’en finit plus de contempler à chaque visionnage : l’humanité, à sa toute petite échelle, confrontée à l’immensité de l’univers.
Alors Nolan regarde les détails qui l’entourent. Il scrute son univers, jusqu’à sa tasse de thé. Il observe le liquide, étudie sa teinte, la théine qui se concentre dans l’eau chaude, la température qui baisse doucement. Cela lui permet de s’échapper de la conversation et retourner à son isolement. Seul dans ses pensées. Là où il s’épanouit.
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Sélections Festival de Cannes 2016

Don't mind me... Je me fais juste un mémo extensif sur les films sélectionnés à Cannes... pour m'y retrouver lors de la couverture médiatique bordélique et durant les longs mois suivants, à mesure qu'ils sortiront en salles.
Longs Métrages en compétition :
Ma Loute - Bruno Dumont - FRANCE - Comédie dramatique - Luchini, Binoche, Bruni Tedeschi - Sortie le 11 mai.
Eté 1910, baie de la Slack dans le Nord de la France. De mystérieuses disparitions mettent en émoi la région. L’improbable inspecteur Machin et son sagace adjoint Malfoy (mal)mènent l’enquête. Ils se retrouvent, bien malgré eux, au cœur d’une étrange et dévorante histoire d’amour entre Ma Loute, fils ainé d’une famille de pêcheurs aux mœurs particulières et Billie Van Peteghem, la benjamine d’une famille de riches bourgeois Lillois décadents.
(Filmo : La Vie de Jésus, L'Humanité, P'tit Quinquin...)
Julieta - Pedro Almodovar - Espagne - Drame - 18 mai.
Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.
(Tout sur ma mère, Volver, La Piel que habito, Les amants passagers...)
Elle - Paul Verhoeven - Pays-Bas - Thriller - Huppert, Lafitte, Efira - 25 mai.
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(L'image manquante..)
+ 10 Courts Métrages en compétition: cf wikipédia
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Aiman officie dans une prison de haute sécurité. Rahim, le bourreau en chef, y accompagne les derniers jours des condamnés. Rapidement, il prend le jeune gardien sous son aile et lui apprend les ficelles du métier. Aiman s'avère être un exécutant très appliqué, mais sa conscience et ses véritables motivations le rattrapent peu à peu...
La Tortue Rouge - Michael Dudok de Wit - Pays-Bas - Animation - 29 juin.
Les grandes étapes de la vie d'un être humain à travers l'histoire d'un naufragé sur une île déserte peuplée de tortues, de crabes et d'oiseaux...
Captain Fantastic - Matt Ross - US - Drame - Mortensen - 20 juillet.
Dans les forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis, vivant isolé de la société, un père dévoué a consacré sa vie toute entière à faire de ses six jeunes enfants d’extraordinaires adultes. Mais quand le destin frappe sa famille, ils doivent abandonner ce paradis qu’il avait créé pour eux. La découverte du monde extérieur va l’obliger à questionner ses méthodes d’éducation et remettre en cause tout ce qu’il leur a appris.
(28 Hotel Rooms)
La danseuse - Stéphanie Di Giusto - FRANCE - Drame - Soko, Ulliel, M Thierry, Lily Rose Depp - 28 septembre.
Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette cowgirl très charpentée à devenir la gloire des cabarets parisiens de La Belle Epoque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris, jusqu’à ce qu’elle invente la danse Serpentine. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire et de célébrité, va précipiter la chute de cette icône du début du 20ème siècle.
Voir du pays - Delphine & Muriel Coulin - FRANCE - Drame - Soko, Labed.
Deux jeunes femmes militaires, Marine et Aurore, qui, comme tous les soldats qui reviennent d’Afghanistan, passent par un sas de décompression de trois jours dans un hôtel cinq étoiles, à Chypre. D'après le roman de Delphine Coulin.
(17 filles)
Hell Or High Water - David Mackenzie - UK - Thriller - Bridges, Pine.
Deux frères, l'un ancien détenu, l'autre père de famille divorcé, organisent un braquage de banque. A leurs trousses, deux Texas Rangers déterminés à les faire tomber...
(Perfect Sense, Starred Up..)
Périclès le noir/Pericle Il Nero - Stefano Mordini - Italie - Drame - Scamarcio, Foïs.
"Mon patron s'appelle Luigino Pizza, tout le monde l'appelle comme ça à cause de ses pizzerias. Moi, je m'appelle Périclès Scalzone, et mon métier est de sodomiser les gens". Voilà comment débute Périclès le noir dans le roman original du même nom écrit par Giuseppe Ferrandino...
The Happiest Day in the Life of Olli Maki - Juho Kuosmanen - Finlande - Drame.
Une évocation d'un épisode de la vie d'Olli Mäki, premier boxeur finlandais à combattre pour le titre de champion du monde des poids plumes en 1962. Malgré la défaite et une humiliation subie lors de ce match devant une salle pleine, il dira que ce fut le beau jour de sa vie.
Chiens/Caini - Bogdan Mirica - Roumanie - Thriller.
Roman arrive dans une campagne paumée où il vient d'hériter de son grand-père. Il décide de vendre ces terres où rien ne pousse, mais se trouve confronté à des mafieux peu commodes. Ils ne reculent devant rien pour stopper la vente de cette terre, au centre de leur trafic...
Le disciple/Uchenik - Kirill Serebrennikov - Russie - Drame - 2 novembre.
Veniamin, un adolescent pris d’une crise mystique, bouleverse sa mère, ses camarades et son lycée tout entier, par ses questions. Les filles peuvent-elles aller en bikini au cours de natation ? Les cours d’éducation sexuelle ont-ils leur place dans un établissement scolaire ? La théorie de l’évolution doit-elle être enseignée dans les cours de sciences naturelles ? Les adultes sont vite dépassés par les certitudes d’un jeune homme qui ne jure que par les Ecritures. Seule Elena, son professeur de biologie, tentera de le provoquer sur son propre terrain.
Eshtebak/Clash - Mohamed Diab - Egypte - Drame - (Film d'ouverture).
Inspiré d’un événement réel, Clash se déroule presque entièrement dans un fourgon anti-émeute lors d’une manifestation au Caire à la suite de la destitution du président Morsi en 2013.
(Les femmes du bus 678)
Inversion/Varoonegi - Behnam Behzadi - Iran - Drame.
La pollution de l'air de Téhéran a atteint son niveau maximal à cause de l'inversion. Niloofar, une femme de 35 ans, tient un atelier de couture et vit avec sa mère. Elle retrouve un ancien amant au moment où les médecins disent qu'il faut que sa mère quitte Téhéran en raison de ses problèmes respiratoires. Sa famille veut que Niloofar accompagne sa mère mais la jeune femme va aller à l'encontre de ce souhait...
Beyond The Mountains and Hills/Me'ever Laharim Vehagvaot - Eran Kolirin - Israël - Drame.
Un soldat israélien qui, après avoir servi 22 ans dans l’armée, ne se reconnait plus dans son pays, désormais changé...
Personal Affairs/Omor Shakhsiya - Maha Haj- Israël - Drame.
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The Transfiguration - Michael O'Shea - US - Epouvante/HorreuDrame.
Un film sur des vampires à New York...
After the Storm - Hirokazu Kore-Eda - Japon - Drame.
Une famille doit faire face à l'arrivée imminente d'un typhon...
(Still Walking, Air Doll, Like Father Like Son, Our Little Sister...)
Harmonium/Fuchi Ni Tatsu - Kôji Fukada - Japon - Drame.
Toshio habite en campagne et embauche Yasaka pour travailler dans son atelier. Yasaka vient de sortir de prison et est en réalité une vieille connaissance de Toshio. Mais ce retour ne se déroule pas comme prévu puisque Yasaka se mêle un peu trop de la vie privée de Toshio.
(Au revoir l'été)
La longue nuit de Francisco Sanctis/La Larga Noche... - Francisco Márquez & Andrea Testa - Argentine - Drame.
Buenos Aires, 1977. La dictature militaire terrorise la population. Francisco Sanctis (45 ans) travaille dans l’administration. Sa vie est calme, mis à part les événements politiques. Un après-midi, il reçoit une information qui l’oblige à sortir de cette passivité. Elena (45 ans), une ancienne amie de l’université, lui passe un appel d’urgence. Elle a besoin que Francisco signe une autorisation afin de publier un poème militant qu’il a écrit dans ces années-là. Dans la voiture, Elena lui dit que le poème n’était qu’une excuse et elle lui donne deux noms et une adresse. Des personnes que l’armée s’apprête à kidnapper. Pour Francisco commence une longue nuit. Doit-il essayer de sauver les vies de deux inconnus au risque de perdre la sienne?
  • Semaine de la Critique :
Jury : Valérie Donzelli, Alice Winocour, Navid Lapid, David Robert Mitchell & Santiago Mitre.
Longs Métrages en compétition :
Grave - Julia Ducournau - FRANCE - Comédie.
Dans la famille de Justine tout le monde est vétérinaire et végétarien. À 16 ans, elle est une adolescente surdouée sur le point d’intégrer l’école véto où sa soeur ainée est également élève. Mais, à peine installés, le bizutage commence pour les premières années. On force Justine à manger de la viande crue. C’est la première fois de sa vie. Les conséquences ne se font pas attendre. Justine découvre sa vraie nature...
Mimosas - Oliver Laxe - Espagne - Drame.
Une caravane accompagne un cheik âgé et mourant à travers le Haut Atlas marocain. Sa dernière volonté est d'être enterré à côté de ses proches. Mais la mort n'attend pas. Les caravaniers, craignant la montagne, refusent de continuer à porter le cadavre. Said et Ahmed, deux voyous voyageant avec la caravane, disent connaître la route et qu'ils mèneront le corps à destination. Dans un monde parallèle, Shakib est désigné pour aller dans la montagne avec une mission : aider les caravaniers de fortune...
Albüm - Mehmet Can Mertoğlu - Turquie - Drame - 1er Film.
Un couple marié, approchant la quarantaine, met en scène dans un album de photo une fausse grossesse pour dissimuler à son entourage qu’ils adoptent un enfant...
Tramontane - Vatche Boulghourjian - Liban - Drame - 1er Film.
Rabih, un jeune chanteur aveugle, parcourt le Liban après avoir découvert qu’il n’était pas le fils biologique de ses parents. Sa quête d’identité, son désir d’accompagner sa chorale à l’étranger et la recherche de son oncle disparu et seul détenteur de la vérité, se confondent en une même fébrilité. A travers cette quête, Rabih dresse le portrait d’une nation toute entière incapable de relater sa propre Histoire...
One Week and a Day/Shavua ve Yom - Asaph Polonsky - Israël - Drame - 1er Film.
Après la semaine de deuil suite au décès de leur fils, Vicky pousse Eyal, son mari, à reprendre le train-train quotidien. Au lieu de cela, il prend de la drogue avec son jeune voisin pour planer et découvre qu'il reste encore des choses qui valent la peine d'être vécues...
Diamond Island - Davy Chou - Cambodge - Drame.
Bora, 18 ans, quitte son village pour travailler sur les chantiers de Diamond Island, projet de paradis ultramoderne pour les riches et symbole du Cambodge du futur. Il s’y lie d’amitié avec d’autres jeunes ouvriers, jusqu’à ce qu’il retrouve son frère aîné, le charismatique Solei, disparu cinq ans plus tôt. Solei lui ouvre alors les portes d’un monde excitant, celui d’une jeunesse urbaine et nantie, ses filles, ses nuits et ses illusions...
(Le sommeil d'or)
A Yellow Bird - K. Rajagopal - Singapour - Drame - 1er Film.
Après des années passées en prison pour contrebande, Siva, un Indien de Singapour, est libéré. Dans l'incapacité d'obtenir le pardon de sa mère et rejeté par ses proches il part à la recherche de sa femme et sa fille. Alors qu'il trouve le réconfort auprès d'une jeune prostituée chinoise, il réalise que sa famille lui a caché un terrible secret. Jusqu'où ira-t-il pour se délivrer de sa culpabilité ?
Longs Métrages hors compétition :
Victoria - Justine Triet - FRANCE - Comédie dramatique ? - Efira, Lacoste, Poupaud - Film d'ouverture.
Victoria Spick, avocate pénaliste en plein néant sentimental, débarque à un mariage où elle y retrouve son ami Vincent et Sam, un ex-dealer qu’elle a sorti d’affaire. Le lendemain, Vincent est accusé de tentative de meurtre par sa compagne. Seul témoin de la scène, le chien de la victime. Victoria accepte à contrecœur de défendre Vincent tandis qu'elle embauche Sam comme jeune homme au pair. Le début d’une série de cataclysmes pour Victoria...
(La bataille de Solférino..)
Apnée - Jean-Christophe Meurisse - FRANCE - Comédie dramatique ? - (Séance Spéciale).
Céline, Thomas et Maxence marchent toujours par trois. Comme la trilogie de la devise républicaine. Ils veulent se marier, une maison, un travail, des enfants sages et manger tous les jours des huîtres. Insoumis et inadaptés à une furieuse réalité économique et administrative, ils chevauchent leurs quads de feu et traversent une France accablée, en quête de nouveaux repères, de déserts jonchés de bipèdes et d’instants de bonheur éphémère...
Happy Times Will Come Soon/I tempi felici verranno presto - Alessandro Comodin - Italie - Drame/Guerre - (Séance Spéciale).
Tommaso et Arturo sont parvenus à s'enfuir et se réfugient dans la forêt. Des années plus tard, cette forêt est infestée de loups. De nos jours, Ariane y découvre un trou étrange. Ariane est-elle la jeune femme dont on parle dans cette légende de la vallée ? Pourquoi Ariane s'est-elle aventurée dans ce trou ? Cela reste un mystère. Cette histoire, chacun la raconte à sa façon, mais tous s'accordent à dire que le loup, Ariane l'a bel et bien trouvé...
(L'été de Giacomo)
+ Courts et Moyens Métrages:
cf site de la Semaine de la Critique.
10 courts en compétition + 1 court et 1 moyen en séances spéciales "50+5" + 3 courts en films de clôture.
  • Quinzaine des Réalisateurs :
Longs Métrages en compétition :
L'effet aquatique - Solveig Anspach - FRANCE - Comédie dramatique - Guesmi, Loiret-Caille - Sortie le 29 juin.
Samir, la quarantaine dégingandée, grutier à Montreuil, tombe raide dingue d’Agathe. Comme elle est maître-nageuse à la piscine Maurice Thorez, il décide, pour s’en approcher, de prendre des leçons de natation avec elle, alors qu’il sait parfaitement nager. Mais son mensonge ne tient pas trois leçons - or Agathe déteste les menteurs! Choisie pour représenter la Seine-Saint-Denis, Agathe s’envole pour l’Islande où se tient le 10ème Congrès International des Maîtres-Nageurs. Morsure d’amour oblige, Samir n’a d’autre choix que de s’envoler à son tour...
(Haut les cœurs !, Queen of Montreuil, Lulu femme nue...)
L’Économie du couple - Joachim Lafosse - BELGIQUE - Comédie dramatique - Kahn, Bejo.
Après 10 ans d'amour et la naissance de leurs jumelles, Thierry et Marie ont décidé de se séparer. Malheureusement, Thierry n'a pas les moyens suffisants pour se reloger et puisque Marie a acheté l'appartement dans lequel ils ont vécu mais que Thierry l'a totalement rénové, ils prennent la décision difficile de continuer à vivre sous le même toit...
(A perdre la raison, Les chevaliers blancs..)
-Les Vies de Thérèse - Sébastien Lifshitz - FRANCE - Documentaire.
Sur la vie de Thérèse Clerc, militante féministe (décédée récemment).
(Les Invisibles, Bambi...)
Tour de France - Rachid Djaïdani - FRANCE - Comédie dramatique - G Depardieu.
Far’Hook est un jeune rappeur de 20 ans. Suite à un règlement de compte, il est obligé de quitter Paris pour quelques temps. Son producteur, Bilal, lui propose alors de prendre sa place, et d’accompagner son père Serge, faire le tour des ports de France, sur les traces du peintre Joseph Vernet. Malgré le choc des générations et des cultures, une amitié improbable va se nouer entre ce rappeur plein de promesses et ce maçon du Nord de la France au cours d’un périple qui les mènera à Marseille pour un concert final, celui de la réconciliation...
(Rengaine)
Divines - Houda Benyamina - FRANCE - Drame - 1er Film.
Dans un ghetto où se côtoient trafics et religion, Dounia a soif de pouvoir et de réussite. Soutenue par Maimouna, sa meilleure amie, elle décide de suivre les traces de Rebecca, une dealeuse respectée. Sa rencontre avec Djigui, un jeune danseur troublant de sensualité, va bouleverser son quotidien...
Mercenaire - Sacha Wolff - FRANCE - Drame - 1er Film.
Soane, jeune Wallisien, brave l’autorité de son père pour partir jouer au rugby en métropole. Livré à lui-même à l’autre bout du monde, son odyssée le conduit à devenir un homme dans un univers qui n’offre pas de réussite sans compromission...
Ma vie de courgette - Claude Barras - SUISSE - Animation/Drame - 1er Film.
Courgette, un garçon de 10 ans, est placé dans un orphelinat après le décès de sa mère. Comment va-t-il surmonter les difficultés et s'intégrer dans ce nouvel environnement au milieu d'un petit groupe d'enfants abimés comme lui par la vie ?
Poesia Sin Fin - Alejandro Jodorowsky - FRANCE/Chili - Drame/Fantastique/Biopic.
Un conte fantastique adapté du dernier chapitre de l'autobiographie d'Alejandro Jodorowsky, La Danse de la réalité...
(El Topo, Santa Sangre, La Danza de la Realidad...)
La Pazza Gioia - Paolo Virzì - Italie - Comédie dramatique - Bruni Tedeschi, M Ramazzotti - 8 juin.
Beatrice est une mythomane bavarde au comportement excessif. Donatella est une jeune femme tatouée, fragile et introvertie. Ces deux patientes de la Villa Biondi, une institution thérapeutique pour femmes sujettes à des troubles mentaux, se lient d'amitié. Une après-midi, elles décident de s'enfuir bien décidées à trouver un peu de bonheur dans cet asile de fous à ciel ouvert qu'est le monde des gens « sains»...
(Les opportunistes ...)
Fais de beaux rêves/Fai Bei Sogni - Marco Bellocchio - Italie - Drame - Mastandrea, Bejo - Film d'ouverture - 14 décembre.
Turin, 1969. Massimo, un jeune garçon de neuf ans, perd sa mère dans des circonstances mystérieuses. Quelques jours après, son père le conduit auprès d’un prêtre qui lui explique qu’elle est désormais au Paradis. Massimo refuse d’accepter cette disparition brutale. Année 1990. Massimo est devenu un journaliste accompli, mais son passé le hante. Alors qu’il doit vendre l’appartement de ses parents, les blessures de son enfance tournent à l’obsession…
(Le sourire de ma mère, Vincere, Sangue del mio sangue...)
-Fiore - Claudio Giovannesi - Italie - Drame?
?? Une jeune fille découvre l'amour et la tendresse en prison...
(Ali a les yeux bleus)
-Risk - Laura Poitras - US - Documentaire.
Sur Julian Assange.
(Citizenfour..)
Dog eat Dog - Paul Schrader - US - Thriller - Cage, Dafoe, Matthew Cook - Film de clôture.
Trois anciens détenus sont engagés pour organiser un kidnapping, à Los Angeles. Quand le plan tourne mal, les trois hommes se retrouvent traqués...
(American Gigolo, La Féline, The Canyons...)
Two Lovers and a Bear - Kim Nguyen - Canada - Drame/Fantastique.
Dans une région arctique, Roman et Lucy doivent non seulement se battre contre les éléments mais aussi affronter leur passé et les démons intérieurs qui les habitent afin de trouver l’amour au sein d’une dure réalité...
(Rebelle, L'Odorat..)
Mean Dreams - Nathan Morlando - Canada - Thriller.
?? Histoire d'amour sur fond de polar...
Neruda - Pablo Larraín - Chili - Biopic/Drame - García Bernal.
Une évocation de la vie du poète chilien Pablo Neruda...
(No, El Club..)
Wolf and Sheep - Shahrbanoo Sadat - Afghanistan - Comédie ethnologique ? - 1er Film.
?? La vie de jeunes bergers afghans...
-Raman Raghav 2.0/Psychoraman - Anurag Kashyap - Inde - Thriller.
??
+ Courts Métrages :
Cf site de la Quinzaine des Réalisateurs : 11 courts en compétition.
  • Cinéfondation :
18 Courts Métrages sélectionnés : Cf site officiel
  • Film de Clôture = Le film qui aura la palme d'or.
Quelques autres films à venir pour compléter la liste : le dernier d'Asghar Farhadi ? Un film panaméen ?
Jury = Président : George Miller (+ d'après wikipédia : Arnaud Desplechin, Kirsten Dunst, Valéria Golino, Mads Mikkelsen, Donald Sutherland).
Maître de cérémonie = Laurent Lafitte.
edit : ajout des sélections Semaine de la Critique & Quinzaine des Réalisateurs.
edit 2 : ajout compléments de sélection.
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L’économie d’un Etat ouvrier en transition vers le socialisme (Décembre 2011)

Le Bolchévik nº 198 Décembre 2011
Cette présentation a été donnée le 6 août 2005 par Joseph Seymour, membre du comité central de la Spartacist League/U.S., devant les membres du groupe de jeunesse de la SL, le Spartacist Youth Club (SYC), à Oakland en Californie. Elle a été revue et légèrement augmentée, en collaboration avec le camarade Seymour, pour publication dans Workers Vanguard (n° 989, 28 octobre).
Les pionniers du mouvement socialiste d’avant Marx avaient un objectif fondamental, l’égalité économique ; ils considéraient qu’on pouvait l’obtenir immédiatement et en même temps que c’était le but final désiré. En d’autres termes, ils ne concevaient nullement un niveau de développement économique supérieur, que rendrait possible le renversement révolutionnaire du capitalisme. La Conjuration des Egaux a été la première organisation révolutionnaire communiste. Elle avait vu le jour dans la dernière phase de la Révolution française de la fin du XVIIIe siècle. Elle avait pour programme le communisme de consommation et de distribution. Le gouvernement révolutionnaire devait fournir aux familles nombreuses des logements plus spacieux et, proportionnellement, davantage de nourriture, de vêtements et autres produits de première nécessité.
Une des plus importantes contributions théoriques de Marx a été de changer la perspective du mouvement socialiste en la faisant passer de l’égalité dans le domaine de la consommation à l’élimination complète de la pénurie économique grâce à une élévation progressive du niveau des forces productives. Evidemment, dans une société sans classes, une société communiste, tout le monde pourra avoir équitablement accès aux biens de consommation. Mais il y aura certainement une énorme diversité des modes de vie individuels, auxquels correspondront différents niveaux d’utilisation individuelle de ces biens.
Si je commence ma présentation là-dessus, c’est que nous sommes dans une large mesure rejetés dans l’univers intellectuel du jeune Marx. Si vous faites un sondage parmi 100 étudiants et que vous leur demandez ce que le socialisme signifie pour eux, ils diront en grande majorité que c’est une question d’égalité économique. Ils vous diront que cela veut dire que tout le monde a plus ou moins le même niveau de vie. Rares seront ceux qui répondront que le socialisme a pour objectif d’élever le niveau de production et la productivité du travail à un niveau tel que la répartition des biens de consommation entre les individus ne provoquera plus de conflit social et ne sera même plus une préoccupation sociale.
Mais c’est notre but ultime. Pour l’atteindre, toute une période historique relativement longue sera malheureusement nécessaire une fois que la classe capitaliste aura été expropriée par la révolution socialiste prolétarienne. Dans cette société-là en transition vers le socialisme, la pénurie économique – et donc certaines formes d’inégalité économique – continuera d’exister. Lorsque vous y réfléchissez, c’est forcément vrai au niveau international. Cela prendra des générations au sein d’une économie socialiste planifiée internationalement pour faire en sorte que le niveau de vie des populations de la Chine, de l’Inde et d’autres pays d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique atteigne celui de ce qu’on appelle les pays industrialisés.
Mais même dans un Etat ouvrier d’une zone économiquement avancée comme en Amérique du Nord ou en Europe, l’inégalité économique persisterait sous certaines formes. Marx en parlait dans sa Critique du programme de Gotha (1875). Les gens auraient encore à passer beaucoup de temps et d’énergie à faire ce que Marx appelait un travail aliéné, c’est-à-dire faire un travail qu’ils ne feraient pas s’ils n’étaient pas payés pour. Certains emplois sont physiquement plus durs, plus salissants, plus ennuyeux, plus désagréables ou, dans certains cas, plus dangereux que d’autres. Ainsi, les mineurs de charbon et les ouvriers du bâtiment seraient mieux payés que les informaticiens qui travaillent dans des bureaux confortables. Des travailleurs possédant des qualifications économiquement utiles obtenues grâce à un long apprentissage, comme par exemple des pilotes d’avion, seraient mieux payés que le personnel de bord et les bagagistes. Ce sont juste les frais généraux de ce que Marx appelait la première phase de la société communiste.
Il y a une autre source importante d’inégalité économique dans la première phase après la révolution prolétarienne. Un objectif essentiel, et un aspect fondamental, d’une société communiste aboutie est de remplacer la famille nucléaire par des institutions collectives pour l’éducation et la garde des enfants par la société. Mais cette transformation, la plus fondamentale de toutes, nécessitera là encore le travail de plusieurs générations. Pendant toute une période historique, la famille demeurera l’unité sociale de base et donc l’unité économique et financière de base.
Prenez par exemple deux familles qui ont toutes deux un revenu annuel de 70 000 dollars. La première a un enfant et la seconde a trois enfants. La première famille a un niveau de vie un peu plus élevé. La différence ne sera jamais aussi grande que sous le capitalisme. Les soins médicaux seront gratuits. Le logement sera bon marché. L’enseignement sera gratuit et de qualité, de la crèche jusqu’à l’université et au-delà. Mais le revenu ne sera pas simplement proportionnel à la taille de la famille. Encore une fois, Marx mentionnait ceci dans sa Critique du programme de Gotha.
La planification économique par la démocratie ouvrière
Eliminer l’inégalité économique sous toutes ses formes exige que l’on éradique la pénurie économique en élevant progressivement le niveau de production. Pour y parvenir, il faudra prélever une partie de la production sociale totale et l’investir pour développer l’appareil de production avec la technologie la plus moderne.
Mais nous avons là une contradiction. Plus l’Etat ouvrier dépense de ressources à construire de nouvelles usines, à moderniser les usines actuelles, développer et moderniser les infrastructures (c’est-à-dire les réseaux électriques, les systèmes d’adduction d’eau, les autoroutes et les voies ferrées), moins il pourra dépenser pour la consommation familiale et individuelle. Donc il devra faire un choix entre augmenter légèrement le niveau de consommation à court terme et augmenter fortement le niveau de consommation à long terme.
En l’absence d’une révolution socialiste internationale dans les pays capitalistes avancés, ce choix serait particulièrement douloureux et source de conflits au sein d’un Etat ouvrier économiquement arriéré et nationalement isolé. Mais même dans un futur Etat ouvrier aux Etats-Unis ou en Europe occidentale, doté de ressources bien plus importantes, la répartition entre consommation et investissement resterait une question politique épineuse qui risque de polariser de façon importante la classe ouvrière. « Je veux avoir tout ce que je peux et tout de suite, mon pote, pas dans dix ou vingt ans. Qui sait si je serai en vie à ce moment-là. » Vous allez entendre ce genre d’arguments.
Pour que les organes démocratiques du gouvernement ouvrier puissent prendre des décisions rationnelles en ce qui concerne la répartition de la production totale entre la consommation et l’investissement, il faut pouvoir quantifier le rapport entre les deux. Si nous accroissons l’investissement dans la production de 13 à 15 % de la production totale, quelle sera l’augmentation de biens de consommation dans 5 ans, 10 ans ou 15 ans ?
Heureusement pour nous, les questions de ce type ont été discutées et étudiées en profondeur en Union soviétique dans les années 1920. Cela a donné lieu à une riche littérature économique écrite d’un point de vue marxiste dans le cadre du débat et de la lutte fractionnelle à propos de la mise en place d’une économie collectivisée et centralement planifiée. Un économiste soviétique du nom de G.A. Feldman a développé un modèle théorique pour une planification économique à long terme, c’est-à-dire couvrant une période de 20 à 40 ans. A mon avis, l’œuvre de Feldman « A propos de la théorie des taux de croissance du revenu national » est une contribution extrêmement importante à la compréhension marxiste de l’économie de la période de transition. Vous pouvez en trouver la traduction en anglais dans Foundations of Soviet Strategy for Economic Growth [Les fondements de la stratégie soviétique pour la croissance économique] (1964) édité par Nicolas Spulber.
Feldman a adapté à une économie collectivisée et centralement planifiée un modèle développé par Marx bien avant lui, tout en y apportant certaines modifications et additions importantes. Dans le deuxième livre du Capital, Marx développe un modèle théorique de développement de la production sous le capitalisme. Marx divise l’économie en deux secteurs fondamentaux : les biens de consommation et les biens de production (ou d’équipement). Les biens de consommation et les services à la personne sont ceux qui satisfont directement les besoins et les désirs personnels. Une chemise est un bien de consommation. La machine à coudre pour fabriquer la chemise est un bien de production, de même que le métier à tisser le coton avec lequel on produit le tissu de la chemise. Le pain est un bien de consommation. Le four dans lequel on le cuit et la moissonneuse-batteuse qui sert à récolter le blé ou l’avoine dont le pain est composé sont des biens de production.
Feldman a développé le modèle de Marx pour l’appliquer à un Etat ouvrier en divisant le secteur des biens de production en deux sous-secteurs fondamentaux. Il y a les biens de production qui servent à fabriquer des biens de consommation et il y a les biens de production qui servent à fabriquer d’autres biens de production. Une machine à coudre est un exemple du premier secteur. Les machines-outils comme les tours qui servent à fabriquer des machines, y compris des machines à coudre, appartiennent au second secteur. Beaucoup de biens de production ne sont pas dédiés à une technologie spécifique ; ils peuvent être utilisés pour développer le secteur des biens de consommation ou pour augmenter la capacité du secteur des biens de production. Une aciérie peut servir à fabriquer des automobiles ou du matériel de construction. Une bétonnière ou un engin de terrassement peut servir à construire des immeubles d’habitation ou des usines. Une centrale hydroélectrique peut fournir l’électricité nécessaire au fonctionnement d’appareils ménagers tout comme à celui des chaînes d’assemblage d’une usine.
Ainsi, il y a deux facteurs fondamentaux qui déterminent le taux de croissance de la production totale de biens de production et celui de la production d’articles de consommation. Le premier est la répartition de la production totale entre le secteur des biens de consommation et celui des biens de production. Le second est la répartition au sein du secteur des biens de production entre ceux destinés à produire les biens de consommation et ceux destinés à produire d’autres biens de production.
Prenez deux économies socialistes qui toutes deux augmentent de 25 % la production totale dans le secteur des biens de production. Dans la première, 75 % de cet investissement dans les biens de production est destiné à développer la production du secteur des biens de consommation et, dans la seconde, 50 %. Dans la première économie, la consommation va augmenter plus vite au début du plan économique mais plus lentement par la suite. Dans la seconde, c’est exactement le contraire. En ajustant les proportions, il est possible de développer une série de plans économiques alternatifs, depuis ceux qui développent au maximum la consommation à court terme jusqu’à ceux qui accroissent au maximum les ressources productives (et par conséquent la consommation) à long terme.
L’autorité en charge de la planification soumettrait une série de, disons, six plans alternatifs pour débat et décision à l’organe le plus élevé d’un gouvernement ouvrier, c’est-à-dire l’assemblée centrale des conseils ouvriers. Cela va probablement donner lieu à controverse. Des délégués vont argumenter : « Nos ouvriers et nos pauvres viennent juste d’accomplir une révolution. Ils attendent et exigent une amélioration importante et spectaculaire de leur niveau de vie, pas seulement des promesses d’amélioration importante dans 15 ou 20 ans. Nous voulons le plan A. » D’autres délégués diront : « Voyons plus loin que le bout de notre nez. Notre objectif est de développer la capacité de production et le rendement du travail. Le plan C est le mieux adapté. Bien sûr, au tout début, la consommation va augmenter plus lentement qu’elle ne l’aurait fait autrement, mais nous pensons que c’est le prix que nous voulons payer. »
Une fois que le taux de croissance à long terme de la production totale ainsi que de celle des moyens de production et celle des articles de consommation est établi, il est alors possible d’élaborer un plan économique détaillé pour les différentes périodes à venir – un an, deux ans, cinq ans. Disons qu’un plan est approuvé par l’assemblée centrale des conseils ouvriers. D’après ce plan, dans cinq ans, le revenu par habitant sera équivalent à 60 000 dollars. En s’appuyant sur les habitudes des consommateurs et les enquêtes de consommation, et après avoir consulté les coopératives de consommateurs, on peut prévoir plus ou moins précisément le modèle de base qui correspond à ce niveau de revenu. Par exemple, une estimation de 15 000 dollars pour le logement, 10 000 dollars pour la nourriture, 10 000 dollars pour la voiture et autres moyens de transport, etc.
Il y a un autre élément crucial de la planification économique dans un Etat ouvrier, particulièrement dans les pays les plus développés comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou le Japon : il faut investir une partie de la production totale pour approvisionner en ressources essentielles, en argent et savoir-faire technologique les pays sous-développés afin de les aider à élever qualitativement le niveau de leur production pour progresser sur la voie du socialisme.
Pour le marché comme base de calcul et non la concurrence sur la base du marché
Une fois qu’on a établi le schéma de base prévu pour les produits finis, il devient alors possible de déterminer la quantité de matières premières et de produits intermédiaires nécessaires. Combien faut-il d’acier, d’aluminium et autres métaux ? Combien de plastique, de tissu en coton et en synthétique, de ciment, de caoutchouc et ainsi de suite ?
En fait, la technique et les informations pour répondre à ces questions existent déjà. Il y a des modèles théoriques et des études empiriques pour établir la relation entre la production de matières premières et celle de produits intermédiaires qu’il faut pour obtenir un éventail donné de produits finis. Cela s’appelle l’analyse entrées-sorties. Il est remarquable que Wassily Leontiev, celui qui a établi la théorie de l’analyse entrées-sorties et qui a fait les premières recherches dessus, avait été étudiant à l’université de Leningrad au milieu des années 1920. Donc il est clair que s’il a développé l’analyse entrées-sorties, c’était sous l’influence des discussions et des débats enrichissants qui avaient lieu parmi les économistes et autres intellectuels soviétiques sur la façon dont devait fonctionner en pratique une économie collectivisée et centralement planifiée.
Au début des années 1930, Trotsky critiquait énormément l’aventurisme économique destructeur et le dirigisme bureaucratique du régime de Staline. Au milieu d’un article qui s’en prenait à ceux-ci, Trotsky fit une sorte de déclaration de principes généraux : « Seule l’interaction des trois éléments suivants, planification d’Etat, marché et démocratie soviétique, permettra de diriger correctement l’économie de l’époque de transition » (« L’économie soviétique en danger », octobre 1932). Ceci vaut aussi bien pour l’Etat ouvrier américain à venir que pour l’Union soviétique d’alors. En 1932, l’Union soviétique était un Etat ouvrier dégénéré dirigé par une bureaucratie stalinienne parasitaire et conservatrice et l’on peut présumer que ce ne serait pas le cas d’un Etat ouvrier issu d’une révolution prolétarienne aux Etats-Unis.
J’ai principalement abordé jusqu’à présent les aspects de la planification étatique. J’ai introduit la question de la démocratie ouvrière principalement en termes de qui décide en dernier ressort des paramètres fondamentaux de croissance économique. Mais je n’ai pas encore parlé du rôle du marché. C’est une question compliquée. Là où le marché est important et, à certains égards, dominant, c’est lorsqu’il faut décider en quelle proportion il faut produire les différents biens de consommation.
Il existe littéralement des dizaines de milliers de modèles, de styles et de tailles de vêtements. J’en ai fait la douloureuse expérience il y a quelques semaines quand j’ai aidé ma fille à déménager dans un nouvel appartement avec son petit ami. Je vous jure qu’elle a au moins 80 paires de chaussures, toutes de styles différents. Il y a des milliers de modèles différents d’appareils ménagers, d’ustensiles et de meubles. Même dans une économie collectivisée, il y aura des dizaines de sortes et de modèles de voitures. Tout le monde ne voudra pas conduire le même genre de voiture. Et donc cela ne tient pas debout d’imposer un plan détaillé, même à court terme, pour la production des biens de consommation. La production devra être constamment ajustée à la structure changeante de la demande.
Cependant, coordonner rapidement et efficacement l’offre et la demande au sein d’une économie collectivisée n’exige pas une concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Dans des Etats ouvriers à direction stalinienne comme l’ex-Union soviétique ou la Chine aujourd’hui, les termes « socialisme de marché » et « réformes de marché » signifient soumettre les entreprises à la concurrence des unes avec les autres. Les directeurs d’usine ont le pouvoir de décider ce qui va être produit et en quelle quantité et ils reçoivent l’ordre de vendre leurs produits au prix le plus élevé possible sur le marché, que ce soit aux consommateurs ou à d’autres entreprises. L’objectif déclaré est de maximiser la rentabilité de l’entreprise et, d’habitude, le revenu des directeurs et aussi celui des ouvriers sont liés à la rentabilité (ou à l’inverse aux pertes). Nous sommes contre ce système parce qu’il reproduit une bonne partie des inégalités et des aspects irrationnels du système de marché capitaliste.
Pour rendre hommage à ma fille, je vais donner l’exemple de l’industrie de la chaussure fonctionnant dans les conditions du « socialisme de marché » dans un Etat ouvrier bureaucratiquement déformé tel que la Chine. Prenons deux usines de chaussures – nous les appellerons A et B – et toutes les deux produisent des paires de chaussures de ville standard pour hommes (que personne dans cette salle n’a probablement jamais portées ni n’a l’intention de porter). Disons que l’usine A est relativement neuve et donc ses machines sont beaucoup plus avancées sur le plan technologique que celles de l’usine B. Par conséquent, l’usine A peut produire les mêmes paires de chaussures en utilisant 25 % en moins de temps de travail que l’usine B.
Le prix du marché pour une paire de chaussures est égal au coût moyen de production dans toute l’industrie. L’usine A produit en dessous du coût moyen et donc en tire un joli profit. Ses directeurs s’octroient une bonne paye et des primes, et ses ouvriers obtiennent aussi des augmentations de salaire significatives car elle est rentable. De l’autre côté, l’usine B, qui fabrique la même chose, perd continuellement de l’argent parce que ses coûts sont au-dessus de la moyenne du secteur et des prix en cours sur le marché. Si le gouvernement ne se met pas à subventionner cette usine, certains ouvriers seront licenciés ou l’ensemble des ouvriers vont devoir accepter des réductions de salaires et de leurs avantages sociaux, tout comme sous le capitalisme, bien qu’ils n’y soient pour rien.
Nous sommes contre la concurrence des entreprises d’Etat les unes avec les autres. Nous sommes pour utiliser le marché comme base de calcul mais pas pour la concurrence sur la base du marché. Nous sommes pour ce qu’on pourrait appeler un système de marché à direction centralisée dans le domaine des articles de consommation. Comment cela fonctionnerait-il ? Revenons encore à mon exemple de l’industrie de la chaussure. On aurait un organisme central de distribution coordonnant la production de plusieurs usines de chaussures. Il fournirait les chaussures aux commerces de détail et aux coopératives de consommateurs. Vous pouvez même les acheter par Internet.
Disons que, du fait d’une erreur de calcul ou d’une fluctuation de la demande, il y a trop de chaussures de ville et pas assez de chaussures de sport (chaussures de course, de randonnée, de basket, notamment celles qui sont approuvées par Michael Jordan). Donc, que se passe-t-il avec ce système ? Les directeurs de l’organisme de distribution téléphonent à quelques usines et disent : « Bon, réduisez la production de chaussures de ville, augmentez la production de chaussures de sport. Si vous avez besoin de machines spéciales qui vous font défaut, si vos ouvriers ont besoin d’un recyclage professionnel, pas de problème. Nous vous le fournirons. » C’est tout. L’argument fondamental, c’est que la direction reste centralisée mais qu’elle utilise le marché comme base de calcul afin d’ajuster l’offre à la demande dans ce secteur particulier.
Syndicalisme ou gouvernement ouvrier
Quelle est maintenant la différence entre notre programme marxiste et le programme syndicaliste en ce qui concerne l’organisation de l’économie après la révolution ? Avant la Révolution bolchévique de 1917, le syndicalisme révolutionnaire représentait, à gauche, la principale alternative au marxisme. Certains des premiers dirigeants du mouvement communiste qui devinrent par la suite des partisans de l’Opposition de gauche trotskyste ne commencèrent pas comme marxistes mais comme syndicalistes révolutionnaires : James P. Cannon aux Etats-Unis, Alfred Rosmer en France, Andrés Nin en Espagne.
L’essentiel du programme syndicaliste pour la réorganisation postcapitaliste de l’économie, c’est que les ouvriers doivent avoir tout le pouvoir de décision au sein d’entreprises autonomes ou, au moins, dans certains secteurs de l’économie. Aucun pouvoir gouvernemental ne serait placé au-dessus de celui des syndicats industriels. On peut dire que le syndicalisme est une version industrielle ou prolétarienne de l’anarchisme. Un intellectuel anarchiste britannique, George Woodcock, en a donné une description dans les années 1940 :
« Le syndicat, d’un autre côté, repose sur l’organisation des ouvriers par industrie sur le lieu de travail. Les ouvriers de chaque usine, entrepôt ou ferme constituent une unité autonome qui dirige ses propres affaires et qui prend toutes les décisions relatives au travail à faire. Ces unités sont organisées sur une base fédérale en associations industrielles afin de coordonner l’action des ouvriers de chaque industrie. L’organisation fédérale n’exerce aucun pouvoir sur les ouvriers dans aucun secteur industriel et ne peut pas imposer son veto à une mesure comme le fait l’exécutif d’un syndicat. »
– George Woodcock, Railways and Society [Les chemins de fer et la société] (1943), cité dans son Anarchist Reader [Anthologie de l’anarchisme] (1977)
En d’autres termes, le programme anarchiste bakouninien classique d’une fédération de communes autonomes est ici remplacé par une fédération d’entités économiques autonomes, industrielles ou autres.
De nos jours, que ce soit aux Etats-Unis ou ailleurs, nous ne rencontrons à ma connaissance nulle part des tendances syndicalistes importantes et nous ne sommes nulle part en concurrence avec de telles tendances. Donc, pourquoi est-ce que je veux parler du syndicalisme ? J’ai deux raisons. La première, c’est que, s’il y a un regain important de luttes ouvrières aux Etats-Unis, beaucoup de jeunes de gauche radicaux qui se situent actuellement autour du milieu anarchiste deviendront ouvriéristes. Faites-moi confiance là-dessus, j’ai vécu cela. Par conséquent, ils seront partisans d’une sorte de programme syndicaliste, c’est-à-dire un amalgame d’anarchisme et d’ouvriérisme.
L’autre raison, c’est la Chine. Lorsque la situation politique va s’ouvrir en Chine, et cela va arriver, je pense que les idées syndicalistes, et même des tendances syndicalistes, peuvent gagner la sympathie de certains ouvriers chinois. Les ouvriers chinois ont déjà fait l’expérience de fortes doses de capitalisme et, d’après les témoignages qu’on peut en avoir, ils n’aiment pas cela. En même temps, il se peut que beaucoup d’ouvriers chinois identifient le marxisme-léninisme et la planification centralisée au dirigisme bureaucratique, sans parler de la corruption. Et donc, quand il y aura une ouverture, certains ouvriers ainsi que des intellectuels de gauche chinois pourront se dire : « Débarrassons-nous des capitalistes et des bureaucrates du PCC et les ouvriers vont prendre les choses en main et diriger eux-mêmes les usines, les chantiers de construction, les mines de charbon et les chemins de fer. »
Il n’a jamais existé et il n’existera jamais d’économie organisée selon les principes syndicalistes, tout comme il n’a jamais existé et il n’existera jamais de société organisée selon les principes anarchistes. Mais si nous rencontrons un militant de gauche sérieux qui défend un programme syndicaliste, il ne suffit pas de dire qu’un tel programme ne pourra jamais se réaliser. Nous voulons aussi le convaincre que, même si c’était possible, si on l’appliquait en pratique cela irait à l’encontre des intérêts des ouvriers et de la société dans son ensemble.
Le problème avec le syndicalisme ressemble beaucoup à celui qu’il y a avec le « socialisme de marché ». Un programme syndicaliste reproduirait obligatoirement beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme. Si les unités économiques sont vraiment indépendantes les unes des autres, elles ne peuvent entrer en interaction que selon les règles du marché déterminées par la modification constante de l’offre et de la demande. Inévitablement, cela signifie que certains ouvriers doivent se retrouver au chômage ou subir des pertes de revenu quand le marché se retourne contre eux.
Au risque de passer pour un fétichiste de la chaussure, laissez-moi reprendre l’industrie de la chaussure. (Vous vous apercevez à quel point porter des cartons de chaussures dans les escaliers pendant 15 jours m’a ramolli le cerveau !) Cette fois-ci, nous allons l’examiner d’après le modèle d’une économie syndicaliste. L’industrie de la chaussure est organisée dans un seul syndicat industriel autonome. Ce dernier tire ses revenus de la vente de chaussures aux particuliers et aux magasins. De son côté, il achète du cuir, du caoutchouc, du plastique et autres matériaux à d’autres syndicats autonomes.
Imaginons qu’il y ait un surplus de cuir. On a produit plus de cuir qu’il n’en faut au syndicat de l’industrie de la chaussure en fonction du volume actuel de sa production et de la demande des consommateurs. Les directeurs du syndicat de la chaussure disent à leurs homologues de l’industrie du cuir : « Nous n’avons besoin que de 80 % de votre cuir, nous n’allons pas en acheter plus car il ne nous en faut pas davantage. » Alors, que va-t-il se passer ? Ces entreprises sont autonomes les unes par rapport aux autres. Certains ouvriers de l’industrie du cuir vont devoir être mis au chômage ou, à défaut, ils vont devoir accepter une réduction de leur salaire et de leurs avantages sociaux car le secteur a des revenus en baisse.
Pour le contrôle de la production par la démocratie ouvrière
Même si ceux qui défendent le syndicalisme pensent qu’ils sont farouchement anticapitalistes, leur programme reproduirait dans les faits beaucoup des inégalités et des aspects irrationnels du capitalisme, malgré toutes les bonnes intentions. Nous sommes contre le programme syndicaliste de l’autogestion ouvrière des entreprises. Mais nous sommes en faveur de la participation démocratique maximale des travailleurs dans les décisions à prendre au niveau de l’usine, du chantier de construction, de l’entrepôt, du supermarché ou de l’aéroport. Le chapitre sur l’Union soviétique du Programme de transition écrit en 1938 déclare : « Les comités d'usine doivent reprendre le droit de contrôle sur la production. » Voilà notre programme non seulement dans le passé mais aussi pour l’avenir.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement ? En quoi est-ce différent du programme syndicaliste d’autogestion ouvrière ? Ce que nous entendons par contrôle ouvrier dans une économie socialisée, c’est que les représentants démocratiquement élus des ouvriers auront officiellement une voix consultative dans toute décision économique concernant l’entreprise ainsi qu’aux niveaux plus élevés. Disons que le Ministère de l’Industrie responsable de l’aéronautique propose de dépenser quelques centaines de millions de dollars pour la rénovation d’une vieille usine en remplaçant ses machines obsolètes par des équipements plus modernes. Les directeurs, les ingénieurs et les techniciens vont se réunir avec le comité d’usine élu et ils vont ensemble mettre au point un plan pour rénover l’entreprise. Ce plan sera présenté au Ministère de l’Industrie. Il ne sera pas simplement imposé d’en haut sans que les ouvriers aient leur mot à dire.
Il y a un autre domaine important où les comités d’usine élus joueraient un rôle important, y compris en remplaçant même une intervention directe de l’encadrement, c’est le maintien de la discipline dans le travail. Comment faire avec un perpétuel tir-au-flanc ou un ouvrier si incompétent qu’il perturbe la production et peut-être même met en danger d’autres ouvriers ? Comment faire avec un ouvrier qui abuse des congés maladie, qui se met en maladie simplement parce qu’il veut se prendre une journée pour aller à la pêche ? Il est bien préférable que ceux qui traitent ce genre de problème soient des représentants directs des ouvriers qui sont politiquement plus conscients et plus responsables socialement.
Au fond, une économie collectivisée et centralement planifiée n’est en rien incompatible avec une participation très complète et active des ouvriers aux niveaux les plus fondamentaux de l’économie, ni avec l’élection des délégués dans les soviets.
Mais, à l’opposé des systèmes d’« autogestion ouvrière », le contrôle ouvrier au sein d’une économie socialiste ne donne pas le pouvoir aux comités d’usine individuels d’avoir le dernier mot concernant l’ampleur ou la composition des investissements, étant donné que des groupes particuliers d’ouvriers ne peuvent prétendre s’arroger sans limite le budget de l’Etat, c’est-à-dire le surplus social collectif. Avant de distribuer sa part à chaque ouvrier, il faut déduire de la production sociale totale les ressources pour le remplacement et l’extension des moyens de production, les dépenses pour les personnes âgées et les handicapés, pour l’éducation et pour la santé, etc. Comme l’a fait remarquer Marx : « Ce qui est enlevé au producteur, en tant qu'individu, il le retrouve directement ou indirectement, en tant que membre de la société. »
Comme le disait Isaac Deutscher dans son discours « De l’Homme Socialiste » (1966) :
« Nous ne soutenons pas que le socialisme puisse résoudre tous les problèmes de la race humaine. Nous luttons tout d’abord contre les problèmes qui sont créés par l’homme et que l’homme peut résoudre. Trotsky parlait ainsi des trois tragédies dont souffrait l’humanité : la faim, le sexe et la mort. La faim est l’adversaire dont le marxisme et le mouvement ouvrier moderne relèvent le défi […]. Oui, le sexe et la mort poursuivront encore l’Homme Socialiste ; mais nous sommes convaincus qu’il sera mieux équipé que nous pour leur faire face. »
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/198/transition.html
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Mesures d’Etat policier, bombardements en Syrie - « Guerre contre le terrorisme » : prétexte pour terreur raciste et attaques anti-ouvrières

https://archive.is/H6fMi
Le Bolchévik nº 215 Mars 2016
Nous reproduisons ci-après le rapport, revu pour publication, de notre camarade Robert Carlyle lors d’un meeting de la LTF à l’université de Nanterre le 3 février dernier.
Je ne doute pas que vous tous présents aujourd’hui avez été choqués par les actes terroristes criminels qui ont coûté la vie à 130 personnes dans les rues de Paris il y a trois mois. Vous avez probablement lu la déclaration que la LTF avait publiée au lendemain de l’attaque, que nous avions condamnée dans les termes les plus catégoriques. Si vous ne l’avez pas lue elle est disponible ici sur notre table de presse.
Mais dans cette déclaration nous avions aussi prévenu que le gouvernement capitaliste de Valls-Hollande se servirait des attaques du 13 novembre pour ses propres objectifs répressifs et réactionnaires, dans l’intérêt de la bourgeoisie impérialiste française au service de laquelle il est. Il a immédiatement saisi l’occasion que représentait pour lui la révulsion provoquée par ces crimes pour promouvoir l’unité nationale et le chauvinisme, et pour annoncer une batterie inédite de mesures répressives. Pour la première fois depuis la guerre d’Algérie, l’état d’urgence a été déclaré pour une durée de trois mois sur l’ensemble du pays. Et maintenant, comme vous le savez sans doute, le gouvernement vient d’annoncer la prolongation de l’état d’urgence pour encore trois mois – le temps pour ces mesures d’exception d’être inscrites dans la loi ordinaire.
Et la répression et la réaction raciste contre les musulmans ici vont de pair avec l’envoi par Hollande du porte-avions français, le Charles-de-Gaulle, pour se joindre à l’armée américaine au Proche-Orient et y faire pleuvoir la mort et la dévastation sur les peuples de Syrie et d’Irak. J’y reviendrai tout à l’heure.
Mais d’abord je voudrais parler de la dernière offensive dans le cadre de la guerre que livre la bourgeoisie ici à la classe ouvrière. Le fait que le gouvernement ait utilisé l’état d’urgence pour emprisonner à domicile des militants écologistes à la veille de la dernière « conférence sur le climat » montre combien la « guerre contre le terrorisme » est en réalité un prétexte pour un renforcement sans précédent de l’Etat policier contre n’importe qui.
Le résultat de la politique gouvernementale antimusulmans s’est manifesté aussi électoralement par les scores du FN aux dernières élections et par la multiplication des agressions racistes dans tout le pays. La ville de Calais, où le FN a frôlé la majorité au deuxième tour des régionales, est devenue un abcès de fixation pour des mobilisations de plus en plus sinistres et violentes de nervis fascistes contre les réfugiés. Le fascisme ce n’est pas simplement des idées, c’est un programme de terreur dans la rue ; mais le but fondamental du fascisme n’est pas seulement de terroriser des minorités sexuelles, raciales ou ethniques, il est d’écraser complètement par la violence le mouvement ouvrier organisé.
Et c’est pour cela que la bourgeoisie garde les fascistes à disposition en cas de danger sérieux pour l’ordre capitaliste, même si aujourd’hui elle les tient en laisse. Une direction révolutionnaire de la classe ouvrière lutterait pour mobiliser en masse le prolétariat, et derrière lui l’ensemble des opprimés, pour stopper la racaille fasciste dans la rue avant qu’elle ne se renforce et s’enhardisse encore plus.
Censure anticommuniste et culte pour Charlie Hebdo
Nous ne cessons de répéter que les attaques anti-ouvrières et racistes du gouvernement pavent la voie à la réaction et aux fascistes. Le glissement à droite dans la société dont certains parlent en ce moment s’exprime par une agressivité anticommuniste accrue contre nous, y compris même de la part de l’« extrême gauche » – dont le programme est en réalité au mieux social-démocrate. Depuis maintenant plusieurs semaines nos camarades à Rouen ont dû repousser à plusieurs reprises des provocations de la part d’une poignée de réactionnaires anticommunistes.
Sur la fac de Nanterre nous nous sommes de même fait harceler la semaine dernière par un anarchiste qui voulait censurer nos mots d’ordre contre l’impérialisme concernant le Proche-Orient ; cela vient de se reproduire tout à l’heure avec des militants du NPA dans le rôle d’apprentis petits soldats du général Hollande, bavant de bellicisme anticommuniste contre le même panneau et contre l’Etat ouvrier déformé nord-coréen [voir notre article en dernière page au sujet du Japon et des menaces impérialistes contre la Chine et la Corée du Nord].
Tous ces petits vigiles et nervis en herbe qui veulent censurer la politique communiste sur les facs ont en commun sans doute avec Manuel Valls d’avoir vociféré pour la liberté d’expression absolue de Charlie Hebdo il y a un an. Bien entendu les journalistes de Charlie Hebdo ne méritaient ni la mort ni même la censure, et nous avons énergiquement condamné leur lâche assassinat et défendu le droit au blasphème, mais il n’empêche que ce journal nous inspire du dégoût depuis longtemps pour ses provocations anti-femmes et antimusulmans.
Aujourd’hui le « gouvernement Charlie » de Valls-Hollande déchaîne la censure tous azimuts y compris contre des films n’ayant rien de l’apologie du salafisme, ni encore moins du djihadisme, comme Salafistes ou Made in France ; il y a aussi le cas d’un professeur à la fac d’Avignon poursuivi en justice pour provocation à la haine raciale parce qu’il avait ironisé sur les « blancos » chéris… de Valls. Le délire policier et judiciaire obsessionnel du gouvernement reflète en partie l’irrationalité profonde d’une classe capitaliste en état de pourrissement avancé.
Nos camarades à Rouen ont sorti un tract contre la censure anticommuniste sur la fac, que nous avons ici à votre disposition [voir page 22]. Ils écrivent qu’ « il est dans l’intérêt de tous les étudiants, syndicats de profs et de personnels BIATSS, militants de gauche sur la fac, de se mobiliser pour stopper ces tentatives d’intimidation et de censure, car si aujourd’hui c’est nous, il est évident qu’ils seront les prochains sur la liste. Une attaque contre un est une attaque contre tous ! » Et à Nanterre aussi un grand nombre d’étudiants pourraient se retrouver la cible de la réaction et des fascistes, soit parce qu’ils sont de gauche, soit parce qu’on ne veut que du « blanco » par ici, comme dirait Valls.
A bas les attaques anti-ouvrières du gouvernement !
Nous disons dans notre journal que la « guerre contre le terrorisme » vise la classe ouvrière. Cela découle de la position même de la classe ouvrière dans la production capitaliste. Non seulement elle produit machines et biens de consommation, elle produit surtout, par son travail, des profits pour les capitalistes ; car c’est pour le profit que fonctionne l’économie capitaliste, pas pour la satisfaction des besoins des ouvriers, ni des besoins de l’humanité en général. C’est pour cela que la classe ouvrière est la seule couche de la société qui a un profond intérêt objectif et également la puissance sociale pour renverser tout ce système capitaliste par une révolution socialiste.
Contre ce danger, la bourgeoisie dispose d’un appareil de répression qui s’appelle l’Etat avec ses flics, ses juges et ses matons, pour maintenir la classe ouvrière à sa place. L’Etat, ce sont au fond des bandes d’hommes qui ont le monopole des armes et sont là pour maintenir la division en place entre les classes sociales – en l’occurrence avec la bourgeoisie possédant en privé les moyens de production où travaillent les ouvriers comme esclaves salariés.
L’objectif de la « guerre contre le terrorisme » c’est précisément de renforcer l’appareil répressif de l’Etat contre la seule force sociale qui à terme menace la domination de la classe capitaliste, la classe ouvrière. Les mesures de surveillance généralisée prévues par la nouvelle loi antiterroriste permettront aux flics d’épier qui ils veulent jusque dans sa chambre à coucher, d’enregistrer ses conversations téléphoniques et de lui prendre son ordinateur en toute légalité, sans même s’embêter à demander l’autorisation d’un juge.
La « guerre contre le terrorisme » vise de façon très directe la classe ouvrière en ciblant une de ses composantes stratégiques, les ouvriers considérés comme potentiellement musulmans du fait de leurs origines ethniques ou de la couleur de leur peau.
Par exemple l’aéroport de Roissy a la plus grande concentration d’ouvriers de tout le pays. Il y a des travailleurs des deux sexes et de toutes origines qui travaillent ensemble. Nous avions dit que le chauvinisme antimusulmans attisé après les attentats du 13 novembre allait être utilisé pour essayer de diviser les travailleurs de l’aéroport avec des accusations de sympathie pour le terrorisme contre les travailleurs musulmans, dans l’espoir de réduire au silence les travailleurs qui pourraient être tentés de prendre leur défense.
Depuis le 13 novembre plus de 70 travailleurs se sont vu retirer leur badge d’accès à cause de « soupçons » qu’ils pourraient sympathiser avec le fondamentalisme islamique, ce qui a conduit à la perte de leur emploi (en dépit du fait que les milliers de perquisitions à domicile pratiquées en vertu de l’état d’urgence, y compris des perquisitions touchant 4 000 casiers personnels à l’aéroport même, ont fait chou blanc).
Evidemment tout cela se produit dans le contexte d’une vendetta de la direction d’Air France contre les travailleurs qui avaient osé exprimer leur colère en octobre à l’annonce de 2 900 licenciements dans les mois à venir. Nous disons que le mouvement ouvrier doit combattre de telles attaques racistes scandaleuses contre les collègues ! Réintégration immédiate des Cinq d’Air France et de tous les travailleurs qui se sont vu retirer leur badge ! Bas les pattes devant tous les travailleurs de l’aéroport !
Derrière la chasse aux sorcières contre les musulmans, ce sont les syndicats eux-mêmes qui sont visés. En janvier le gouvernement s’en est pris de façon directe à toute action ouvrière en faisant condamner huit syndicalistes de chez Goodyear à neuf mois de prison ferme parce qu’ils s’étaient opposés à la fermeture de leur usine. D’après la CGT, c’est la première fois depuis cinquante ans que des syndicalistes sont menacés ainsi de prison ferme pour une action syndicale. Il ne faut pas laisser cela se produire.
Dans la foulée le gouvernement annonce une nouvelle loi qui est une véritable machine de guerre contre les syndicats. Il s’agit de permettre aux capitalistes d’imposer des « accords » revenant y compris sur le temps de travail et les salaires en provoquant des « référendums » dans un climat de peur, même lorsque s’opposent à ces accords des syndicats représentant jusqu’à 70 % du personnel dans les élections professionnelles. Ce sont des choses que même Sarkozy ne pensait pas pouvoir imposer quand il était à l’Elysée ! Non ! Ce qu’il faut, c’est une résistance ouvrière contre le gouvernement, son état d’urgence et toutes les attaques qu’il fait pleuvoir.
Maintenant Hollande a directement repris une mesure longtemps exigée par le seul FN avant d’être reprise par la droite dure de Sarkozy : la déchéance de nationalité pour tout délit (pas nécessairement un crime) mettant en péril les « intérêts fondamentaux de la nation », comme par exemple sans doute brûler un drapeau français, arracher la chemise d’un cadre d’Air France, et pourquoi pas manifester contre un allié stratégique de l’impérialisme français comme l’Etat sioniste d’Israël ou un quelconque satrape françafricain. Cette mesure vise fondamentalement la population originaire des anciennes colonies du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest, qui est au cœur de la classe ouvrière multiraciale du pays.
Cette mesure est tellement scandaleuse que même la ministre des juges et matons, Christiane Taubira, vient de démissionner. Taubira a beau avoir été victime de trois ans et demi d’insultes racistes de la part de la droite et du FN, et avoir défendu le droit au mariage homosexuel, elle a en fait fidèlement appliqué la politique sécuritaire du gouvernement, battant régulièrement les records d’emprisonnement atteints sous Sarkozy, et elle a défendu toute une série de mesures liberticides – y compris l’état d’urgence.
La trahison des bureaucrates syndicaux et des dirigeants ouvriers
Face à ce tir de barrage du gouvernement contre le mouvement ouvrier et les opprimés, quelle a été la réponse des dirigeants syndicaux et des chefs des partis politiques qui prétendent se revendiquer du mouvement ouvrier ? Les chefs de la CGT avaient menacé que ce serait « Spartacus », avec grève immédiate et totale partout à Air France, si la compagnie osait procéder au licenciement des travailleurs poursuivis dans le cadre de l’affaire des chemises. On peut toujours attendre venant des bureaucrates. Ils ont même fait le service après-vente de la propagande de la direction d’Air France sur un soi-disant plan de relance de l’activité, la CGT annulant son appel à la grève de 24 heures le 28 janvier.
Au niveau des partis ouvriers, le principal demeure le Parti communiste, et vous avez tous certainement rencontré déjà des militants de son groupe de jeunesse, la Jeunesse communiste (JC), qui est actif sur la fac de Nanterre. Encore récemment ils distribuaient un tract appelant à s’opposer aux mesures sécuritaires du gouvernement.
Mais que font en fait ces gens-là ? Eh bien si on commence avec les députés du PCF, ils ont unanimement voté pour l’état d’urgence le 19 novembre ! Ils ont quelques sénateurs qui se sont abstenus le lendemain, mais pas un seul de ces braves militants de la classe ouvrière n’a eu le courage de s’opposer à cette spectaculaire attaque contre les droits démocratiques les plus élémentaires ! Cela rappelle directement le vote du PCF pour les pouvoirs spéciaux pendant la guerre d’Algérie, en mars 1956.
En janvier ils justifiaient encore leur vote en disant que « des mesures spécifiques ont été nécessaires au lendemain direct des attentats ». Au temps pour leurs états d’âme aujourd’hui sur l’état d’urgence ! Hollande n’a pas de quoi se faire du mouron avec une opposition pareille – d’ailleurs le PCF et le NPA avaient voté pour lui il y a quatre ans, et en décembre encore le PCF a fait liste commune au deuxième tour avec le PS de Valls-Hollande pour le deuxième tour des élections régionales en Ile-de-France et dans d’autres régions.
Maintenant le NPA et LO se lamentent sur les mesures liberticides. Mais où étaient ces groupes quand la grosse mécanique de la « guerre contre le terrorisme » a été lancée après les attentats contre les fanatiques antimusulmans de Charlie Hebdo ? (Car ce n’est pas l’horrible assassinat de Juifs dans l’Hypercacher qui allait provoquer une telle indignation et un tel sursaut d’« unité nationale » !) Ils étaient Charlie comme le reste de la gauche, la droite et le FN.
Il y a douze ans, quand ça a vraiment commencé après le 11-Septembre au World Trade Center, LO était à la pointe de la campagne contre les musulmans avec le rôle qu’ils ont joué dans l’exclusion raciste de jeunes femmes voilées des écoles publiques au nom de la « laïcité ». La laïcité c’était historiquement dans ce pays la lutte pour la séparation de l’Eglise catholique et de l’Etat ; le catholicisme était (et reste) la religion de la classe dominante, mais maintenant la « laïcité » est un mot de code pour la campagne contre les musulmans, la principale religion minoritaire, celle des opprimés surtout.
Ce que toutes ces organisations ont en commun, c’est dans le meilleur des cas la perspective d’utiliser l’Etat bourgeois dans l’intérêt de la classe ouvrière et des opprimés. Mais l’histoire a amplement montré, et notamment par l’expérience de la Commune de Paris en 1871, que c’est là une dangereuse illusion. L’Etat bourgeois a pour composante centrale l’armée bourgeoise, avec le corps des officiers ; il ne peut servir que la bourgeoisie, et la classe ouvrière doit le détruire par une révolution socialiste ! Pourtant la soi-disant extrême gauche, y compris Lutte ouvrière qui est présente aussi sur cette fac, se tourne vers l’Etat bourgeois pour demander la justice sociale pour tous.
A bas l’Union européenne et l’euro !
Ces organisations demandent depuis des années, sous une forme plus ou moins explicite, une « Europe sociale », comme si les Etats capitalistes européens et l’Union européenne pouvaient apporter la justice sociale à tous. Le NPA a ainsi collé partout sur le campus des slogans revendiquant que la France et l’Union européenne « ouvrent les frontières » pour laisser entrer en Europe les réfugiés qui fuient les ravages causés par les impérialistes dans leur pays. Et LO fait la même demande y compris encore dans son journal de la semaine dernière. C’est une revendication utopique et réactionnaire : elle sert seulement à semer des illusions dans un soi-disant humanitarisme des impérialistes. Notre programme sur cette question, ce sont les pleins droits de citoyenneté pour tous ceux qui ont réussi à mettre les pieds ici, de Vintimille à Nanterre et Calais !
Les structures politiques et financières de l’UE – y compris l’euro – ont servi entre autres à dévaster ces dernières années la Grèce, l’un des Etats-membres ; ce seul exemple devrait suffire à éliminer toute illusion à ce sujet. Nous disons : A bas l’Union européenne et l’euro ! Pour des Etats-Unis socialistes d’Europe !
Impérialisme français, hors du Proche-Orient et hors d’Afrique !
La question des réfugiés syriens m’amène à celle de l’intensification de l’intervention impérialiste française au Proche-Orient. L’horreur qui frappe les populations de la région est le résultat direct de l’asservissement impérialiste depuis cent ans : cette année c’est le centième anniversaire de l’infâme traité de Sykes-Picot, par lequel les impérialismes français et britannique s’étaient mis d’accord secrètement pour se partager le Proche-Orient à la fin de la Première Guerre mondiale, avec le démantèlement de l’Empire ottoman. Cet accord avait dessiné des frontières artificielles qui continuent de balafrer la région. Peuples, tribus, ethnies et groupes religieux y ont été divisés ou au contraire unifiés arbitrairement pour favoriser la discorde – et le maintien de la domination impérialiste. Je vous suggère d’étudier le rôle criminel joué par l’impérialisme français dans l’histoire de cette partie du monde, que nous avons relatée dans le Bolchévik (« L’histoire sanglante du mandat colonial français au Levant », n° 206, décembre 2013).
La guerre civile sanglante qui déchire la Syrie et l’Irak est un sous-produit des machinations impérialistes dans la région. Pour notre part nous n’avons aucun côté dans la guerre civile réactionnaire que se livrent le régime bourgeois dictatorial de Bachar al-Assad et les rebelles, qui sont pour l’essentiel des islamistes ; nous condamnons les crimes intercommunautaires commis par toutes les parties, y compris le nettoyage ethnique de zones historiquement arabes sunnites par les forces kurdes.
Par contre, nous avons un côté contre l’impérialisme. Vous aurez remarqué que le titre du meeting d’aujourd’hui indique : Troupes françaises hors du Proche-Orient et hors d’Afrique ! Contrairement aux réformistes du PCF et de la JC, nous disons la vérité : l’impérialisme français ne joue pas et n’a jamais joué le moindre rôle progressiste où que ce soit dans le monde. L’« unité nationale » représente une trahison de la lutte contre l’impérialisme à l’étranger et une trahison de la classe ouvrière ici. C’est pour cette raison que nous appelons au retrait inconditionnel des forces impérialistes françaises au Proche-Orient, en Afrique et partout ailleurs !
Bon, vous pourrez penser que c’est une revendication élémentaire pour tout parti se déclarant anti-impérialiste, et plus encore trotskyste. Mais cela fait maintenant un certain nombre d’années que le NPA d’Olivier Besancenot soutient sélectivement l’intervention de son propre impérialisme en divers endroits du monde – et parfois il appelle ouvertement à une telle intervention. Ainsi le NPA a appelé le gouvernement français à envoyer des armes à ceux qui en Syrie s’opposent au président Assad, des forces dominées par des réactionnaires islamistes sanguinaires, type al-Qaida.
Le plus souvent le NPA joue d’hypocrisie en déclarant bien fort qu’il est contre l’envoi de troupes françaises, mais en soutenant pendant ce temps de soi-disant progressistes autochtones qui servent en réalité de troupes terrestres aux impérialistes. C’était par exemple le cas des rebelles de Benghazi en Libye, que Sarkozy avait utilisés pour liquider le régime de Kadhafi, son allié de la veille.
La Ligue communiste internationale se bat pour gagner de jeunes militants à l’idée que l’impérialisme n’est pas une mauvaise politique que l’on pourrait changer en changeant de gouvernement. C’est le système économique du capitalisme lui-même dans sa dernière phase, quand il a déjà commencé à pourrir sur pied. C’est pourquoi on ne peut en finir avec l’impérialisme qu’en renversant l’ordre capitaliste-impérialiste par une révolution ouvrière, tout particulièrement dans un pays impérialiste comme la France.
Dans ce cadre, tout revers militaire des impérialistes français, ou que ce soit dans le monde, est bon à prendre pour les opprimés du monde et la classe ouvrière de France. C’est pourquoi vous pouvez lire dans notre déclaration de novembre dernier que « tout coup porté aux forces des armées impérialistes au Proche-Orient et à leurs supplétifs là-bas, même par des forces aussi répugnantes que l’Etat islamique, servirait donc les intérêts de la classe ouvrière internationale ». C’est ce que cela veut dire quand nous déclarons que nous sommes du côté militaire de l’Etat islamique (EI) quand celui-ci porte ses coups contre les impérialistes et leurs supplétifs locaux, sans bien sûr donner le moindre soutien politique à ces répugnants fanatiques réactionnaires, dont nous condamnons par ailleurs les horribles crimes là-bas et ici – comme ceux du 13 novembre !
A gauche certains militants ont un peu de mal à avaler le soutien de leur organisation à leur propre bourgeoisie, y compris à l’intérieur du NPA qui est en proie à des divisions fractionnelles chroniques. Mais ce qu’ils supportent encore moins c’est la ligne marxiste de la LTF. Et les militants anticommunistes du NPA qui nous attaquent physiquement pour cette ligne anti-impérialiste montrent par là qu’ils ne sont que des valets de Hollande et de sa sanglante politique proche-orientale.
Voyez par exemple une tendance qui joue un rôle important dans la jeunesse du NPA, la « tendance CLAIRE ». Elle n’a aucun état d’âme à soutenir les objectifs militaires de sa propre bourgeoisie, elle demande simplement que le travail contre Assad soit fait indirectement et via des forces moins répugnantes que l’Etat islamique. Elle a ainsi apporté son soutien à la campagne militaire impérialiste de livraison d’armes et d’aide aux forces kurdes dans le Nord de la Syrie contre les réactionnaires islamistes de l’EI.
Même si les forces kurdes ne sont pas impérialistes en elles-mêmes, cela ne change rien au fait qu’en se faisant les troupes terrestres du commandement militaire américain, et sous la direction de celui-ci, elles se sont subordonnées aux desseins réactionnaires plus larges de leurs maîtres impérialistes dans la région. Nous exigeons le retrait de toutes les forces impérialistes du Proche-Orient : américaines, françaises, britanniques, et plus récemment allemandes ; nous exigeons le retrait de Syrie également des puissances régionales impliquées, comme la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Iran et la Russie.
Pour une république socialiste d’un Kurdistan unifié !
Je voudrais faire une petite digression ici sur les Kurdes. C’est un peuple qui a sa propre histoire et sa propre culture, y compris au niveau linguistique. Ses droits nationaux les plus élémentaires lui sont niés. Sa terre est divisée entre quatre pays capitalistes : Irak, Iran, Syrie et Turquie.
En Turquie notamment, les Kurdes subissent une répression impitoyable ; c’est pratiquement la guerre civile dans les régions kurdes aujourd’hui. Les analogies ont bien sûr leurs limites mais, de même que c’est un test crucial pour les révolutionnaires en France de s’opposer à toutes les manifestations de chauvinisme antimusulmans et de racisme contre les descendants des esclaves coloniaux de la France en Afrique, de même c’est une tâche essentielle pour des révolutionnaires turcs de prendre sans ambiguïté position en défense du peuple kurde contre toutes les formes de chauvinisme visant les Kurdes en Turquie, et de défendre leur droit à l’autodétermination.
Nous sommes pour une république socialiste d’un Kurdistan unifié, ce qui exige le renversement par des révolutions ouvrières de plusieurs Etats capitalistes, la lutte pour une fédération socialiste du Proche-Orient et l’extension de la révolution aux centres impérialistes. Et cela exige une lutte sans concession contre le nationalisme kurde, y compris sous sa forme la plus « de gauche » que représentent actuellement le PKK et ses alliés syriens du PYD. L’histoire du nationalisme kurde est une tragique succession de tentatives semblables à celle du PYD aujourd’hui de faire avancer la cause kurde en cherchant à s’attirer les bonnes grâces des impérialistes ; ce sont toujours les masses kurdes qui ont payé le prix sanglant de ces trahisons de leurs dirigeants.
Pour une société communiste d’abondance matérielle !
Au fond tous nos opposants ont une vision du monde qui accepte le cadre du capitalisme pour l’éternité ; leur perspective se limite à espérer ralentir un peu la vitesse avec laquelle les opprimés sombrent dans une misère toujours plus noire. Les apôtres de la « décroissance », de leur côté, demandent explicitement aux masses de se serrer davantage la ceinture dans un monde de pénurie ; il faut être vraiment cruel pour trouver que les gamins des pauvres mangent trop de bifteck ou qu’ils prennent trop la voiture ou l’avion pour partir en vacances. Nous voulons au contraire une société communiste mondiale d’abondance pour tous ; d’ores et déjà l’avancement actuel de la technique, et ses perspectives de développement, permettent d’entrevoir les possibilités qui pourraient s’ouvrir à l’humanité. La première étape dans cette voie, ce sont des révolutions ouvrières pour renverser la dictature du capital et reconstruire la société sur une base collectivisée et internationale.
La question qui se pose en France aujourd’hui, c’est qu’il faut un parti d’un genre nouveau, un parti ouvrier révolutionnaire trempé dans les leçons de la révolution bolchévique de 1917 en Russie, et suivant le modèle du parti dirigé par Lénine et Trotsky qui avait mené la révolution à la victoire. Un tel parti doit nécessairement faire partie d’une internationale léniniste-trotskyste. Le point de départ, c’est que seule la mobilisation de masse peut permettre à la classe ouvrière de se battre pour défendre ses propres intérêts et ceux de tous les opprimés.
Un tel parti se construira au travers d’une lutte acharnée contre tous les dirigeants traîtres actuels du mouvement ouvrier. Il se basera sur l’idée que les intérêts des ouvriers et des opprimés sont totalement opposés à ceux des exploiteurs capitalistes et qu’il faut s’opposer à toute forme de collaboration entre la classe ouvrière et des représentants de la classe capitaliste. Les besoins des travailleurs et de tous ceux qui sont opprimés par le système capitaliste ne peuvent être satisfaits qu’avec le renversement de ce système par une révolution socialiste. Ce sera le premier pas vers l’élimination de la pauvreté, de l’oppression raciale et de l’inégalité, dans un ordre socialiste mondial. C’est cela notre perspective.
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/215/policestate.html
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La Chine n’est pas capitaliste - La Chine et l’économie mondiale : le mythe et la réalité (Décembre 2015)

https://archive.is/bVCG1
Le Bolchévik nº 214 Décembre 2015
Nous reproduisons ci-dessous le texte, revu et corrigé pour publication, d’un exposé présenté en septembre dernier à New York par Bruce André, membre du comité de rédaction de Workers Vanguard, journal de la Spartacist League/U.S. Dans son exposé, notre camarade démonte quelques-uns des mythes les plus répandus dans la presse au sujet de l’économie chinoise et il explique un certain nombre d’événements survenus récemment dans ce domaine.
Pour comprendre l’économie chinoise, il faut partir du fait que, contrairement aux allégations de la plupart des commentateurs bourgeois ou prétendument socialistes, la Chine n’est pas un pays capitaliste. La Révolution de 1949 a mis fin au pouvoir de la bourgeoisie et des propriétaires terriens chinois, et elle a libéré le pays de l’esclavage impérialiste. Par la suite, la création d’une économie collectivisée et planifiée a jeté les bases d’un développement industriel accéléré, avec d’immenses acquis pour les masses ouvrières et paysannes qui, jusque-là, vivaient dans la misère. La Révolution chinoise a été menée par l’Armée populaire de libération de Mao Zedong, basée sur la paysannerie ; elle a créé un Etat ouvrier, mais celui-ci était dès sa naissance déformé, du fait qu’il avait à sa tête la bureaucratie parasite du Parti communiste chinois (PCC). Malgré une percée considérable du capitalisme au sein de l’économie, la Chine demeure un Etat ouvrier ; le noyau dur de son économie reste collectivisé – notamment les banques et les grandes industries, qui sont nationalisées. Une petite classe capitaliste a bien fait son apparition en Chine continentale, mais elle ne détient pas le pouvoir d’Etat.
Les impérialistes, qui avaient « perdu la Chine » en 1949, sont déterminés à la reprendre, afin de pouvoir à nouveau exploiter à volonté les masses chinoises. On peut le voir avec les agressions militaires américaines croissantes contre la Chine, qui se concentrent en ce moment en mer de Chine du Sud. La dernière en date de ces provocations a été l’annonce par les Etats-Unis d’exercices navals pendant deux semaines début novembre « à l’intérieur de la zone des 12 miles nautiques que la Chine revendique comme la limite de ses eaux territoriales autour de plusieurs des îles qu’elle a construites dans l’archipel des Spratly » (Financial Times, 8 octobre). Cette agressivité militaire s’accompagne de pressions économiques. Le projet de Partenariat transpacifique (PTP) porté par l’administration Obama consiste à créer un bloc contre la Chine dominé par l’impérialisme américain et japonais, incluant neuf autres pays capitalistes ainsi que le Vietnam, un Etat ouvrier déformé.
La Ligue communiste internationale s’oppose au PTP ainsi qu’aux manœuvres militaires américaines : nous sommes pour la défense militaire inconditionnelle de la Chine contre les impérialistes et les autres Etats capitalistes, et contre la contre-révolution intérieure. En même temps, nous ne donnons aucun soutien politique au régime du PCC, que le prolétariat chinois doit balayer par une révolution politique qui créera un régime de démocratie ouvrière ayant pour programme la révolution socialiste mondiale.
Depuis l’époque de Mao jusqu’à aujourd’hui, la politique du PCC a été l’expression du dogme nationaliste stalinien que le socialisme – une société d’abondance matérielle marquée par la disparition des classes – peut être construit dans un seul pays, et même dans un pays aussi historiquement arriéré que la Chine. Ce programme est en totale contradiction avec le programme marxiste de révolution prolétarienne mondiale – la condition préalable à la création d’une économie internationalement planifiée qui éliminera la pénurie en s’appuyant sur les technologies les plus avancées. Or celles-ci sont actuellement concentrées dans les pays capitalistes avancés. Sous Mao, l’économie planifiée était massivement déformée par le régime de la bureaucratie, qui avait érigé l’autarcie économique en vertu. Pour corriger les déséquilibres engendrés par l’incurie bureaucratique et pour favoriser la modernisation et la croissance, les équipes dirigeantes qui se sont succédé depuis 35 ans ont introduit des réformes de marché, assoupli le contrôle étatique sur la production et le commerce. Les investissements capitalistes ont aussi été encouragés dans certaines régions.
Cette expérience est loin d’être particulière à la Chine. Dans notre série d’articles « Le socialisme de marché en Europe de l’Est » (voir le Bolchévik n° 87 à 89, octobre à décembre 1988), nous analysions les effets de mesures de ce type dans plusieurs Etats ouvriers déformés d’Europe de l’Est avant leur destruction par la contre-révolution capitaliste. Nous faisions remarquer que, dans le cadre du stalinisme, il y a « une tendance inhérente à remplacer la planification et la gestion centralisées par des mécanismes de marché. Puisque les gestionnaires et les ouvriers ne peuvent pas être soumis à la discipline de la démocratie des soviets (conseils ouvriers), la bureaucratie considère de plus en plus que la seule réponse à l’inefficacité économique est de soumettre les acteurs économiques à la discipline de la concurrence. » Nous renvoyons également nos lecteurs à notre article « Les “réformes de marché” en Chine » (le Bolchévik n° 177, septembre 2006).
L’été a été agité sur les marchés financiers ; certains ont beaucoup perdu, notamment des banques, des fonds spéculatifs et autres grands investisseurs capitalistes. Cela a donné lieu une nouvelle fois dans la presse bourgeoise à une pluie d’articles qui cherchaient à expliquer les problèmes de l’économie mondiale en invoquant la prétendue imminence d’une crise en Chine.
Le 24 août, après une série de fortes baisses à la Bourse de New York, l’indice Dow Jones des valeurs industrielles a dégringolé de près de 600 points. Il se trouve que cela faisait suite à une série de ventes massives à la Bourse de Shanghai. La presse financière américaine a commencé à s’alarmer d’un « krach » supposé en Chine. Le Comité pour une Internationale ouvrière taaffiste [représenté par la Gauche révolutionnaire en France], qui prétend que le capitalisme a été restauré en Chine, évoquait de son côté la crainte de « récessions mondiale [sic] menée par la Chine » (« Economie mondiale : La crise chinoise crée la panique sur les marchés mondiaux », www.socialisme.be, article initialement publié le 25 août).
Bon, pour commencer, les ventes massives à Wall Street n’avaient fondamentalement rien à voir avec la Chine. C’était un exemple classique de bulle financière qui se dégonfle (jusqu’à un certain point). Depuis 2009 et jusqu’à l’année dernière, la Réserve fédérale a fait tourner la planche à billets à concurrence de 3 500 milliards de dollars, mis gratuitement à la disposition des banques et autres institutions financières. Celles-ci ont à leur tour investi en achetant des actions et d’autres actifs à risque aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde, stimulant ainsi artificiellement l’économie mondiale. Beaucoup de ces bulles financières (sur les minerais et autres matières premières, les actions et obligations dans les pays du tiers-monde, etc.) sont en train de se dégonfler. Si le coup d’épingle qui a provoqué un dégonflage partiel de la bulle boursière américaine provient d’une chute de la Bourse de Shanghai, c’est un pur hasard, sans aucune signification économique sous-jacente. La piqûre d’épingle aurait tout aussi bien pu venir de rumeurs sur la politique de la Fed, ou d’à peu près n’importe quoi d’autre.
Deuxièmement, l’état de la Bourse de Shanghai ne dit rien sur l’état de l’économie chinoise dans son ensemble. Contrairement à la Bourse des Etats-Unis et autres puissances capitalistes, les fluctuations de la Bourse chinoise n’ont pratiquement aucun impact sur les décisions d’investissement dans ce pays. Seuls 5 % des financements du secteur privé chinois proviennent de la Bourse – sans parler du secteur étatisé qui est dominant ! Si les actions de la Bourse de New York perdaient 40 % de leur valeur en deux mois, comme cela s’est produit cet été à la Bourse chinoise, nous serions en présence d’une récession mondiale.
L’effondrement de la Bourse de Shanghai a été à n’en pas douter un coup dur politique pour le régime de Pékin, qui depuis plusieurs années encourageait la classe moyenne chinoise à arrondir ses fins de mois en investissant dans des actions, tout en prêchant que la Bourse était amenée à jouer un « rôle décisif » dans l’affectation des ressources. Cet engagement politique des bureaucrates de Pékin explique sans doute pourquoi depuis le début du krach, au moins de juin, ils ont déboursé la somme incroyable de 236 milliards de dollars, prélevés sur les précieuses réserves de devises du pays, pour essayer de soutenir les cours boursiers.
Troisièmement, même si l’effondrement de la Bourse de Shanghai reflétait une crise économique croissante en Chine, ce qui n’est pas le cas, cela ne ferait pas planer la menace d’une crise économique aux Etats-Unis. Les Etats-Unis ont un immense marché intérieur, qui représente environ 70 % du PIB. Les exportations américaines vers la Chine représentent seulement 1 % du PIB américain.
Le yuan et vous
Pendant ce temps, Pékin a dévalué le yuan à la mi-août en laissant le cours de sa devise baisser de 4,4 % en une seule semaine. La presse financière américaine a interprété cela comme un signe supplémentaire que l’économie chinoise entrait soi-disant dans une crise profonde. Cette dévaluation était présentée comme une réaction de panique de la part de Pékin, qui aurait cherché à enrayer un ralentissement économique en stimulant les exportations. (Une baisse du cours du yuan rend les exportations chinoises moins chères sur les marchés internationaux.) L’économiste indien Prabhat Patnaik argumente dans un article de la revue Monthly Review (« La dévaluation du yuan », 27 août) que « la dévaluation de la monnaie chinoise laisse présager une grave accentuation de la crise capitaliste mondiale ». Patnaik prédit une guerre monétaire où la Chine essaiera désespérément de rester à flot en augmentant ses exportations aux dépens de ses concurrents internationaux.
Il faut replacer cette dévaluation dans son contexte. En 2005, sous de fortes pressions américaines, la Chine avait de facto fixé le cours du yuan par rapport au dollar. Cela a eu pour effet une réévaluation continue du yuan pendant dix ans ; on peut parier que ce n’était pas exactement l’effet attendu par les responsables chinois. Quand la Réserve fédérale américaine a commencé, suite à la crise financière, à faire tourner frénétiquement la planche à billets, cela aurait logiquement dû conduire à un affaiblissement du dollar. Mais la stagnation économique au Japon et en Europe, sans parler de la crise sans fin de la dette grecque, a fini par faire apparaître le dollar comme une valeur refuge pour les capitalistes financiers du monde entier. Les capitaux ont afflué aux Etats-Unis, poussant à la hausse le dollar – ainsi que le yuan qui était fixé à lui. Cette hausse a nui aux exportations chinoises, car il devenait plus coûteux d’acheter des marchandises produites en Chine et dont le prix est libellé en yuans. C’était particulièrement vrai pour les importateurs européens et japonais, car l’euro et le yen se dépréciaient.
La meilleure manière d’évaluer l’impact économique sur la Chine est d’examiner l’évolution depuis dix ans du taux de change du yuan pondéré par le commerce extérieur. C’est le taux de change du yuan par rapport non seulement au dollar mais à un panier de devises où sont représentés les principaux partenaires de la Chine à hauteur de leur poids dans son commerce extérieur. Dans un article publié le 15 août dans The Economist, on trouve un graphique montrant qu’entre 2005 et la mi-2015 le taux de change pondéré du yuan a augmenté de rien moins que 50 %. Autrement dit, si l’on ne fait que prendre l’effet de la hausse du yuan sur cette période, cela a eu pour effet de renchérir en moyenne de 50 % les produits chinois sur le marché mondial.
Dans ce contexte, la dépréciation du yuan en août n’était pas exactement un bouleversement majeur. En fait, The Economist se demande s’il est même approprié de parler de dévaluation, faisant remarquer que la Banque populaire de Chine (la banque centrale) est initialement restée les bras croisés : elle a laissé le marché jouer un rôle plus grand pour déterminer le taux de change du yuan ; puis elle a rapidement fait machine arrière et dépensé plusieurs dizaines de milliards de dollars puisés dans les réserves de devises du pays pour soutenir le yuan et l’empêcher de baisser davantage. Comme l’explique The Economist : « La dévaluation initiale de 2 % ne faisait que compenser l’appréciation du yuan au cours des dix jours précédents, en termes de taux de change pondéré par le commerce extérieur. Le yuan est toujours 10 % au-dessus de son cours d’il y a un an par rapport aux devises des principaux partenaires commerciaux de la Chine. »
L’une des contraintes qui pèsent sur la Banque populaire de Chine, c’est qu’une dévaluation plus importante opérée d’un seul coup provoquerait des actions similaires de la part d’autres pays, ce qui neutraliserait l’effet de la dévaluation comme stimulant pour les exportations. Et si tout le monde était convaincu que le yuan allait connaître une série de dévaluations, cela accélérerait une fuite hors de Chine des capitaux qui est déjà préoccupante.
Tout ceci ne veut pas dire que la dépréciation du yuan, aussi limitée soit-elle, n’aura pas d’impact sur le commerce mondial. A la mi-2015, les exportations chinoises étaient en baisse de 8,3 % sur 12 mois, certainement du fait du ralentissement économique dans la plus grande partie du monde capitaliste. On peut s’attendre à ce que la dévaluation du yuan stimule un peu les exportations chinoises. En même temps, un certain nombre de pays asiatiques qui exportent beaucoup vers la Chine seront pénalisés dans des proportions variables – Taïwan, la Malaisie et la Corée du Sud exportent plus de 5 % de leur PIB vers la Chine.
En Europe, la dévaluation du yuan a fait chuter le cours en Bourse de certaines entreprises qui vendent leurs produits en Chine, car les investisseurs craignent qu’elles se mettent à perdre de l’argent. Mais le premier moment de panique passé, il n’est pas du tout évident que dans l’ensemble les entreprises européennes en souffriront beaucoup. La Chine est le plus gros marché pour les producteurs automobiles allemands, mais il s’avère que ces entreprises se sont largement couvertes contre ce genre de fluctuations monétaires. Et une proportion significative des automobiles qu’elles vendent en Chine sont produites sur place, ce qui atténue l’impact des fluctuations de taux de change. Le Wall Street Journal du 11 août citait avec approbation un analyste financier en vue qui affirme que l’impact global de la dévaluation sur l’industrie automobile allemande serait « dans les faits nul ».
Quelle crise ?
Ceci étant dit, l’affirmation maintes fois répétée que Pékin a dévalué le yuan afin de désamorcer une crise croissante en Chine n’a manifestement aucune base factuelle. Comme l’expliquait l’économiste Nicholas Lardy dans un éditorial du New York Times (26 août), parler de crise en Chine c’est « tirer la sonnette d’alarme pour rien ». Pratiquement tout le monde s’accorde à dire que le taux de croissance de l’économie chinoise tourne autour de 7 % par an, un niveau qu’aujourd’hui aucun pays capitaliste avancé ne peut même espérer atteindre. Certes, le taux de croissance phénoménal de la Chine est un peu moins élevé comparé à celui des dernières années (9,7 % en 2013 et 8,3 % en 2014). Mais il faut garder en tête que ces chiffres représentent la croissance de la Chine d’une année sur l’autre. Entre 2007 et 2013, la Chine a triplé sa production de biens et services. En 2014, la croissance chinoise représentait près de 40 % de toute la croissance économique mondiale. Autrement dit, une croissance de 7 % cette année représente une augmentation de production totale bien plus grande que les 14 % de croissance de 2007.
De plus, le tassement du taux de croissance n’est guère étonnant. Des taux d’investissements impressionnants décidés par l’Etat ont permis à l’économie chinoise de continuer son développement alors même que le monde capitaliste subissait les effets de la crise financière mondiale de 2008-2009. Ce gigantesque effort d’investissements dans le logement, les transports et autres immobilisations a représenté semble-t-il jusqu’à la moitié du PIB chinois, un niveau extraordinaire. En tout juste deux ans, de 2011 à 2012, la Chine a construit environ 3,8 milliards de mètres carrés de logements, assez pour loger confortablement plus de 100 millions de personnes. (Les taaffistes joignent leur voix à celle d’économistes néolibéraux, qui sont très à droite de néo-keynésiens comme Paul Krugman, pour fustiger le déficit budgétaire de Pékin. Leur article du 25 août ne répond pas à cette question évidente : comment se fait-il que la Chine « capitaliste » ait été la seule à progresser énormément pendant la crise financière mondiale ?)
On peut ajouter que la dévaluation du yuan arrive à un moment où Pékin met en place la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, et s’est déjà engagé à investir des centaines de milliards de dollars pour construire la « Nouvelle route de la soie » vers l’Europe à travers l’Asie centrale ainsi que des routes maritimes vers le sous-continent indien et l’Afrique. Tout ceci, ajouté à la multiplication des investissements chinois en Afrique et en Amérique du Sud, témoigne de l’extension internationale de l’empreinte économique et financière de la Chine, pas d’une crise économique en Chine.
Ceux qui proclament l’imminence d’une crise économique en Chine montrent du doigt les bulles spéculatives évidentes qui se sont développées dans ce pays, notamment sur le marché immobilier. Etant donné que le gouvernement dispose de plus de 3 000 milliards de dollars de réserves financières, un effondrement du système bancaire chinois est peu probable. Des articles récents expliquent que les programmes de stimulation économique de l’Etat ont abouti à un excédent de capacité de production industrielle, par exemple dans les cimenteries. Une économie planifiée sous la direction de conseils d’ouvriers et de paysans minimiserait ce genre de déséquilibres. En cas de capacités de production inutilisées, les ouvriers des industries nationalisées pourraient alors recevoir une nouvelle formation et être employés dans d’autres industries. De toute évidence, les entreprises privées ne peuvent et ne veulent pas faire cela.
Quelques perspectives et questions
Donc, que pouvons-nous dire sur l’état de l’économie chinoise ? Derrière les statistiques économiques, ce qui nous importe particulièrement c’est le potentiel d’une révolte ouvrière et d’une fracture politique au sein du régime du Parti communiste.
La première question est la suivante : avec le ralentissement relatif de la croissance économique exponentielle chinoise, y aura-t-il assez d’emplois pour empêcher un chômage de masse ? Regardons d’abord la répartition actuelle de la main-d’œuvre chinoise entre les principaux secteurs de l’économie. Il y a eu une forte diminution de la proportion de la population active employée dans l’agriculture, qui est passée de 47 % en 2004 à moins de 30 % dix ans plus tard. Cette diminution s’est accompagnée d’une augmentation jusqu’à 2011 environ de la part de la main-d’œuvre industrielle, qui s’est alors stabilisée autour de 30 %. Pendant cette même période, il y a eu une augmentation constante dans le secteur des services, qui est passé d’environ 30 % en 2004 à plus de 40 % en 2014.
Il faut noter un fait important au sujet de ces emplois dans le secteur des services : la productivité de la plus grande partie d’entre eux n’est probablement pas très élevée. En supposant que le secteur des services continue à croître, on peut imaginer que cela constituera un mécanisme efficace pour absorber les travailleurs quittant le secteur agricole, tout en contribuant à limiter le chômage. La condition préalable pour cela, c’est que le revenu individuel des consommateurs chinois soit suffisamment élevé pour soutenir l’expansion du secteur des services. Il semble que les choses aillent dans cette direction. La consommation individuelle semble être en bonne voie pour remplacer les investissements dans les infrastructures comme moteur principal de la croissance économique. En 2014, la consommation individuelle a représenté 51 % du PIB, en hausse de 3 points par rapport à 2013. Les ventes de voitures et d’appareils électroménagers, ainsi que l’ensemble des ventes au détail, ont augmenté. Dans la première moitié de cette année, la consommation individuelle a représenté 60 % de la croissance économique du pays.
Plus d’un tiers de la population active chinoise est constituée de travailleurs migrants venus des régions rurales ; ils représentent probablement la couche la moins bien payée des ouvriers de l’industrie. Pendant les années 1980 et 1990, les salaires réels des ouvriers chinois avaient très peu augmenté, malgré d’énormes gains de productivité – le simple transfert d’un travailleur d’une ferme dans un coin reculé de la campagne vers une usine en ville représente un énorme gain de productivité. Après 2009, les salaires des travailleurs migrants ont connu une augmentation spectaculaire – ils ont presque doublé en cinq ans. Cet accroissement du coût de la main-d’œuvre est un des principaux facteurs du ralentissement de la croissance tirée par les exportations de la Chine.
La question que tout cela pose à mon avis est la suivante : que va-t-il arriver quand le réservoir de travailleurs migrants commencera à se tarir ? Autant que je puisse dire, ce jour n’est pas nécessairement très éloigné. La tranche de la population chinoise âgée de 15 à 24 ans est passée de 250 millions de personnes en 1990 à environ 200 millions en 2015. C’est en partie l’effet de la politique de l’enfant unique décrétée par le régime. En 2014, le nombre de travailleurs migrants âgés de 16 à 20 ans était inférieur de 14,5 millions à celui de 2008, une chute de 60 %.
La population chinoise en âge de travailler, entre 16 et 60 ans, est actuellement d’environ 916 millions de personnes. Ce nombre est en diminution depuis trois ans, à un rythme qui s’accélère. En février 2015, le nombre total de travailleurs migrants quittant les zones rurales pour chercher du travail en ville a diminué de 3,6 % par rapport à l’année précédente. C’est la première fois qu’on enregistre une diminution du flot de travailleurs migrants. Pour le moment, le déclin du nombre de jeunes travailleurs migrants est compensé par une augmentation du taux d’activité des seniors. Entre 2008 et 2014, la proportion des travailleurs migrants de plus de 50 ans est passée de 11,4 % à 17,1 %. Entre 2013 et 2014, le nombre de travailleurs migrants de plus de 50 ans s’est accru d’environ 14,6 %, la plus forte augmentation en trois ans.
A mesure que le flot de travailleurs migrants venus des zones rurales commence à se tarir, le développement économique va dépendre de plus en plus fortement de l’augmentation de la productivité. Tout comme pour ce qui est d’améliorer la qualité des biens industriels, la bureaucratie est par nature mal préparée pour améliorer l’efficacité et l’innovation. Ce point a été expliqué par Léon Trotsky, par rapport à l’Union soviétique, dans la Révolution trahie (1936).
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« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs - La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme (Juin 2011)

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Le Bolchévik nº 196 Juin 2011
« Unité nationale » : au profit des patrons, aux dépens des travailleurs
La catastrophe du tsunami au Japon et les crimes du capitalisme
Nous reproduisons ci-dessous un article de Workers Vanguard (n° 978, 15 avril), journal de notre section américaine, rédigé sur la base de rapports écrits par nos camarades du Groupe spartaciste Japon.
12 avril – Le très violent tremblement de terre, au large de la côte nord-est du Japon, et la série de tsunamis dévastateurs ont causé une tragédie humaine aux proportions gigantesques. Ce qui était l’une des régions les plus belles du pays a été réduit à l’état de décombres et certaines zones pourraient être inhabitables pour des dizaines d’années à cause de la contamination radioactive provenant de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi. La région continue d’être secouée par de violentes répliques : le 7 avril une secousse de magnitude 7,1 a frappé une grande partie du nord-est, endommageant à nouveau le complexe nucléaire déjà touché et mettant hors service la production électrique de trois autres installations nucléaires. Aujourd’hui le gouvernement japonais a annoncé que la centrale de Fukushima avait émis un tel niveau de radiation que la gravité de la catastrophe nucléaire a été relevée au niveau maximum – un niveau égal à celui qui fut attribué en 1986 à l’accident de Tchernobyl, dans l’ex-Union soviétique.
Si des dizaines de milliers de personnes sont déjà mortes ou portées disparues, le nombre exact de personnes ayant perdu la vie pourrait rester à jamais inconnu car des familles entières et des pans entiers de villages ont été balayés par la mer. Pendant près d’un mois après le tsunami, la zone de 20 km autour de la centrale nucléaire était couverte des corps d’un millier de victimes du tsunami. On les a laissés se décomposer parce que le gouvernement, évoquant le haut niveau de radiation, refusait de les ramasser et de les enterrer. Des centaines de milliers de survivants sont toujours sans abri, transférés sans arrêt d’un centre d’évacuation à l’autre, nombre d’entre eux n’ayant toujours pas assez à manger. Beaucoup de centres et même certaines institutions médicales refusent l’accès à ceux qui n’ont pas reçu un certificat et un badge, qu’ils doivent porter en permanence, montrant qu’ils n’ont pas été exposés aux radiations.
Le gouvernement capitaliste se sert de cette tragédie comme justification pour enrégimenter la population. 40 % des effectifs de l’armée japonaise ont été déployés pour rétablir l’« ordre » dans les zones dévastées. Alors que des fournitures de première nécessité attendues en urgence sont retenues par les contrôles de sécurité, dans l’esprit de la croisade mondiale « antiterroriste » des impérialistes, ou sont retardées par l’indifférence bureaucratique habituelle, les médias bourgeois parlent de « pillages » de la part des survivants désespérés du tsunami et couvrent d’éloges l’armée pour ses mesures répressives. Pendant ce temps, la ville de Minami Soma recevait des centaines de caisses de nourriture et d’autres fournitures envoyées depuis l’étranger par des personnes ayant vu sur YouTube un appel du maire décrivant des habitants en proie à la faim, coincés dans les maisons et les abris alors que l’alerte nucléaire empêchait l’arrivée des cargaisons alimentaires du gouvernement (New York Times, 7 avril).
Dès le début, le gouvernement a menti sur l’ampleur des fuites radioactives à la centrale nucléaire endommagée, dans l’espoir d’apaiser la population. Mais moins de cinq heures après le séisme, d’après le Ministère de la Défense, le Premier ministre avait déclaré l’« état d’urgence nucléaire », ce qui indique clairement que la bourgeoisie était tout de suite consciente du danger.
La dissimulation, la désinformation et les mensonges débités par le gouvernement capitaliste continuent de mettre en danger la population dans les régions affectées et jusqu’à Tokyo, 250 km au sud. Alors que ceux qui en avaient les moyens financiers ont pu s’enfuir vers l’ouest du pays, la majorité de la classe ouvrière, surtout les pauvres, les malades et les personnes âgées, ont été abandonnés. Les gens quémandaient de la nourriture et des produits de première nécessité comme de l’eau en bouteille, des piles ou des radios, qui continuent de manquer dans les magasins. Ceux qui s’occupaient de leurs proches infirmes ont également été pris au piège ; au Japon, soi-disant par égard pour les valeurs confucéennes de respect envers les ancêtres, les pensions des travailleurs retraités sont très basses et la prise en charge des personnes âgées retombe sur la jeune génération de travailleurs.
Dans l’« attente de la fusion totale », les gens sont retournés dans la région du Grand Tokyo où on leur a annoncé que le lait et certains produits frais contenaient des traces de radioactivité, de même que l’eau du robinet. (Stupidement et cyniquement, le gouvernement leur a dit qu’il suffisait de faire bouillir l’eau à consommer.) Pendant trois semaines, des coupures tournantes de courant ont perturbé les transports, ainsi que le chauffage et l’éclairage des particuliers, hôpitaux et entreprises ; l’utilisation de l’énergie pendant les chaleurs estivales étouffantes va certainement être restreinte. Depuis quatre semaines, des centaines d’héroïques ouvriers des centrales électriques risquent leur vie pour reprendre le contrôle de la centrale nucléaire, s’exposant à de fortes doses de radiations, étant donné que le gouvernement revoit à la hausse ce qu’il considère comme niveau de « tolérance ». Beaucoup d’entre eux, vivant dans les zones proches, ont déjà perdu leur famille et leur logement.
Profits exorbitants et complicité du gouvernement
Le tremblement de terre de Tohoku d’une magnitude 9 et les vagues de tsunamis, atteignant par endroits 20 m de haut, étaient des catastrophes naturelles. Mais la crise qui continue de se développer à la centrale nucléaire de Fukushima est uniquement le fait de l’homme, un produit de la rapacité de l’ordre capitaliste, pour lequel seuls les profits comptent et qui n’a que mépris pour la sécurité et la vie humaine.
En tant que socialistes scientifiques, nous sommes en faveur du développement et de l’utilisation des sources d’énergie pour le bien de l’humanité. Lorsque les ouvriers du monde dirigeront la planète, l’énergie sera générée et utilisée de la manière la plus rationnelle, efficace et sûre possible, ce qui impliquera le développement de nouvelles sources d’énergie. Nous avons déjà fait remarquer que les centrales nucléaires comportent des risques particuliers, ce qui mène à recommander qu’elles ne soient pas situées près des concentrations de population ou en l’amont de celles-ci par rapport au sens du vent. Mais on ne peut pas produire de l’énergie qui soit sûre tant que le principe directeur de l’économie sera la course au profit pour une classe d’exploiteurs possédant les moyens de production.
Sous le règne des capitalistes, pour lesquels les travailleurs ne sont qu’une autre forme de matière première à utiliser, les barrages hydroélectriques et les gazoducs ne seront jamais sécurisés contre des accidents de grande ampleur menaçant des communautés entières. Des accidents évitables sur les plates-formes pétrolières et dans les mines de charbon provoquent la mort de nombreuses personnes ; plus discrètement, aux Etats-Unis 1 500 mineurs de charbon à la retraite meurent chaque année de l’horrible « maladie du mineur » (silicose). En 2008 l’essor des biocarburants aux Etats-Unis a provoqué une pénurie de céréales alimentaires, ce qui a contribué au déclenchement d’une crise alimentaire mondiale : produire du carburant à partir d’éthanol de maïs était alors plus rentable que de le cultiver pour nourrir la population.
L’exemple du Japon démontre l’irrationalité inhérente au système capitaliste et souligne la nécessité d’une économie planifiée internationalement dans un monde socialiste. Le Japon est historiquement un pays aux ressources naturelles pauvres et à forte densité de population. Depuis qu’il a fermé sa dernière mine de charbon en 2002, il importe du Proche-Orient près de 90 % de ses besoins pétroliers. S’efforçant d’atteindre l’autosuffisance énergétique, le pays, situé sur plusieurs failles tectoniques, produit près de 30 % de son électricité dans ses 55 réacteurs nucléaires (et projetait d’atteindre 50 %).
Une illustration à plus petite échelle de l’irrationalité du capitalisme : l’un des facteurs contribuant à la pénurie actuelle d’électricité est que les compagnies d’électricité privées, qui de fait détiennent le monopole dans les régions qui leur sont affectées, produisent l’électricité à des fréquences différentes. L’industrie électrique fut apportée au Japon pendant l’ère de la restauration Meiji à la fin du XIXe siècle. Sa construction fut marquée par une concurrence féroce entre les bourgeoisies des différentes régions : celle basée à Tokyo importa des générateurs d’une société allemande utilisant le courant alternatif à 50 hertz alors que la bourgeoisie d’Osaka en importa de General Electric à une fréquence de 60 hertz. Avec seulement trois stations de conversion de fréquence aux capacités limitées, l’électricité produite à l’ouest du pays ne peut être facilement transférée vers l’est.
La société Tokyo Electric Power (Tepco) est l’une des dix sociétés d’électricité au Japon. Quatrième plus grand producteur privé d’électricité au monde, Tepco alimente les régions les plus industrialisées et les plus peuplées du Japon. L’année dernière elle a fait un bénéfice net de 140 milliards de yens (1,3 milliard d’euros), dû pour l’essentiel aux tarifs électriques exorbitants et à la complicité de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle qui a fermé les yeux sur les infractions à la sécurité. De plus, la société a pris des mesures pour réduire ses coûts : maintenance inadaptée sur des installations obsolètes, employés privés d’équipement de sécurité, utilisation de sous-traitants et d’employés précaires.
En 2002, Tepco a admis avoir soumis, à des centaines de reprises et pendant des années, des données falsifiées sur les rapports d’inspection de ses réacteurs nucléaires. 29 rapports falsifiés concernaient des fissures ou des signes de fissures sur des appareils au niveau du cœur de 13 réacteurs à la centrale de Kashiwazaki-Kariwa, dans la préfecture de Niigata, et des réacteurs des centrales n° 1 et 2 à Fukushima.
Kashiwazaki-Kariwa est la plus grande centrale nucléaire au monde. Après un tremblement de terre en 2007, Tepco a falsifié les quantités de substances radioactives qui s’étaient échappées dans l’air et en mer du Japon. Par la suite, pour compenser la perte due à la fermeture de la centrale pour inspection et réparations, la société a comprimé les dépenses de maintenance dans toutes ses centrales.
La centrale de Fukushima Daiichi est la plus ancienne installation nucléaire de Tepco. Construite dans les années 1970, elle abrite six réacteurs et repose au-dessus d’une faille tectonique connue. Conçu par General Electric, le réacteur n° 1 de Fukushima Daiichi devait fermer en février. Son autorisation de fonctionnement a été prolongée de dix ans alors que des alarmes avaient révélé la vulnérabilité de son générateur auxiliaire aux dégâts des eaux. L’histoire de cette centrale est jalonnée de pratiques dangereuses, évitant les inspections de sécurité à de nombreuses reprises dans les dix dernières années, y compris deux semaines avant le séisme. Un rapport soumis le 28 février par Tepco à l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle admettait que 33 équipements dans tous les réacteurs de la centrale Daiichi n’avaient pas été inspectés, dont un moteur et un générateur électrique auxiliaire du réacteur n° 1. Autre mesure de réduction drastique des dépenses, la société a choisi de stocker sur site le combustible usagé au lieu d’investir dans des moyens de stockage plus sûrs. Au moment du tremblement de terre, l’équivalent de six ans de barres d’uranium usagé s’étaient accumulées.
Déjà en 1972, l’agence de régulation nucléaire des Etats-Unis avait indiqué que les modèles de réacteur de General Electric étaient plus que d’autres susceptibles de fuites radioactives. Il y a quatre ans une équipe de recherche de Tepco a averti la société que la centrale n’était pas correctement protégée contre les séismes et les tsunamis, notant que ses digues n’étaient pas suffisamment hautes. En étudiant le mode opératoire des séismes dans la région sur plusieurs siècles, l’équipe expliquait qu’un fort séisme et un tsunami étaient depuis longtemps à l’ordre du jour et qu’il y avait 10 % de possibilités que le complexe, vieux de 40 ans, serait dévasté. Les responsables de Tepco ont ignoré ce rapport.
Nous luttons pour une révolution ouvrière au Japon pour arracher l’industrie des mains de ses propriétaires capitalistes gorgés de profit. Dans toute l’industrie nous nous battons pour un contrôle syndical des conditions de travail et, en cas de risques spécifiques, pour des luttes syndicales qui arrêtent les opérations. Ceci nécessite un effort concerté pour syndiquer l’industrie de l’énergie nucléaire, ainsi que les toujours plus nombreux fournisseurs et sous-traitants sans syndicats dans toute la branche. Mais les bureaucrates traîtres à la tête des syndicats se considèrent comme « partenaires » des capitalistes japonais. Cherchant à protéger le système de profit, ils n’agissent pas pour défendre leurs membres, et encore moins la classe ouvrière. Nous luttons pour une nouvelle direction, une direction lutte de classe des syndicats, qui se battra pour l’expropriation sans indemnité des patrons de l’énergie sous un gouvernement ouvrier. L’effort pour forger une direction de ce type fait partie intégrante de la lutte pour construire un parti ouvrier révolutionnaire, dont le but sera de se débarrasser du système capitaliste d’esclavage salarié tout entier.
Les ouvriers de Fukushima
Le 19 mars, le Partisan Defense Committee, organisation de défense associée à la Spartacist League/U.S., a envoyé un courrier à la Fédération des ouvriers de l’industrie électrique, saluant l’héroïsme des ouvriers du nucléaire :
« Le courage et le dévouement des ouvriers de Fukushima Daiichi contrastent singulièrement avec le parasitisme et l’avidité des propriétaires et responsables de Tepco et de leurs porte-parole officieux au gouvernement. Ceux-ci ont mis en danger la population par leur opacité et leur incompétence. La préoccupation primordiale des capitalistes de tous les pays et dans toutes les branches d’industrie, c’est les profits et non pas la sécurité des ouvriers ou l’intérêt de la société dans son ensemble. »
A ce jour, 21 ouvriers auraient été exposés à des niveaux potentiellement mortels de radiations en essayant de reprendre le contrôle de la centrale de Fukushima. Beaucoup plus tomberont malades : le gouvernement a récemment annoncé qu’il faudrait des mois avant que la fuite radioactive ne soit colmatée. Les effets à long terme des maladies dues aux radiations et les divers cancers induits dont souffriront ces ouvriers ne peuvent pas encore être connus, mais il est certain que beaucoup connaîtront une mort douloureuse. Nous exigeons les soins gratuits à vie pour ces travailleurs et leur famille.
Les quelque 400 ouvriers qui risquent actuellement leur vie sont considérés comme jetables par la société. Ils n’ont même pas été suffisamment équipés en dosimètres mesurant le taux de radiation ; certains n’ont reçu qu’une combinaison légère comme de la gaze à la place des équipements de protection individuelle standard ; ils manquent de masques à gaz, de bottes protectrices pour se déplacer, en conséquence des ouvriers sont obligés d’envelopper leurs chaussures dans des sacs poubelles en plastique.
D’après Kazuma Yokota, de l’Agence de sûreté nucléaire et industrielle, ces travailleurs dorment près des réacteurs à même le sol d’un immeuble, couvert d’une tôle contenant du plomb pour bloquer les radiations. Les ouvriers s’enroulent dans des couvertures et dorment blottis les uns contre les autres. Pendant près de trois semaines, jusqu’à ce que cela provoque un tollé, ils ne recevaient que deux repas par jour : le matin, des biscuits et du jus de fruit, le soir, un sachet de riz à bouillir et de la nourriture en conserve. Au début chacun n’avait qu’une seule bouteille d’eau par jour.
Alors que ce pays se targue de ses innovations et de son usage de la robotique, aucun robot n’était disponible à Fukushima. Le professeur Satoshi Tadokoro, le principal chercheur en robots secouristes, a déclaré que son équipe avait travaillé au développement de robots pouvant être utilisés dans ce type de situation, mais que la recherche avait été interrompue. « Les sociétés à la tête des centrales ont indiqué qu’elles n’avaient pas besoin de ce genre de robots parce que leurs centrales nucléaires n’ont jamais d’accident et sont sûres » (cité par le site web du Centre pour la localisation et le secours assistés par des robots de l’université A&M du Texas). Une entreprise française a expédié par bateau des robots immédiatement après le tsunami, mais le gouvernement japonais en a arrêté la livraison parce que l’expédition n’avait pas respecté les normes appropriées.
S’inspirant de ses grands frères General Electric et Westinghouse, qui avaient envoyé au Japon dans les années 1970 des équipes d’ouvriers noirs effectuer des travaux similaires dans les centrales nucléaires, Tepco a pour pratique d’embaucher comme travailleurs temporaires des Burakumin (la caste des « intouchables » au Japon) et des journaliers venant des quartiers miséreux de Sanya à Tokyo et de Kamagasaki à Osaka. Surnommés « tsiganes genpatsu (du nucléaire) », ces ouvriers ne sont pas syndiqués. En général embauchés par des sous-traitants, ils vont d’une centrale à l’autre, travaillent selon des normes d’exposition aux radiations moins restrictives que les ouvriers sous contrat à durée indéterminée, et pour des salaires et avantages sociaux moindres. Dans les années 1980, les tentatives de syndiquer cette main-d’œuvre ont été annihilées par des gangsters qui menaçaient de s’en prendre aux familles des représentants syndicaux.
L’année dernière à la centrale de Fukushima Daiichi, 89 % des ouvriers étaient précaires (New York Times, 10 avril). Leurs tâches « normales » incluent d’enlever avec des brosses et des chiffons la poussière radioactive de centaines de pièces à l’intérieur des réacteurs. Ils sont actuellement en première ligne pour essayer de refroidir la centrale contaminée, prenant un terrible risque personnel.
La croisade réactionnaire pour l’« unité nationale »
Le déplacement soudain de la plaque tectonique du Pacifique sous la plaque nord-américaine a causé le séisme du 11 mars, provoquant une rupture des fonds marins longue de 300 km et large de 150 km. L’île principale de Honshu a été déplacée de 2,5 mètres vers l’est et l’axe de la Terre a été décalé de 10 cm. Les implications politiques et économiques pour la population ont aussi été très visibles, la bourgeoisie utilisant la terrible situation pour mener une énorme campagne d’« unité nationale » afin d’intensifier les attaques contre la classe ouvrière. Tout en travaillant à renforcer l’appareil répressif de l’Etat, la bourgeoisie présente son armée, qui participe aux guerres impérialistes contre l’Irak et l’Afghanistan, sous l’aspect d’une force « humanitaire ».
La colère et la frustration sont largement répandues et justifiées face à l’incompétence flagrante du gouvernement capitaliste suite à la catastrophe et à ses perpétuelles dissimulations cyniques. En tant que marxistes révolutionnaires, nous cherchons à transformer cette méfiance et cette colère en une compréhension plus profonde par le prolétariat qu’il faut renverser cet ordre capitaliste irrationnel par des révolutions ouvrières. Par contre la gauche réformiste cherche à canaliser les divers mécontentements et frustrations des travailleurs et opprimés vers une campagne pour renforcer les illusions dans l’Etat bourgeois.
Inquiet de la colère croissante dans la population contre ses dissimulations, le gouvernement a sorti de son chapeau ce résidu féodal qu’est l’empereur Akihito, pour qu’il fasse sa toute première déclaration télévisée. Cela s’est retourné contre lui, renforçant les soupçons que la situation était hors de contrôle. Crédité de 20 % d’opinions favorables avant le séisme et dirigeant une économie en pire état que celles des autres puissances impérialistes, le Premier ministre Kan, du Parti démocrate – le cinquième en quatre ans – a courtisé l’opposition, le Parti libéral démocrate (PLD) qui a dirigé le Japon pendant des dizaines d’années, pour former un gouvernement d’« unité nationale ». Dans les conditions actuelles, le PLD n’est pas pressé de prendre part aux responsabilités. Le Parti communiste du Japon (PCJ), lui, toujours prêt à montrer sa loyauté envers la bourgeoisie, a annoncé le 14 mars que les prochaines élections municipales devraient être reportées, car selon les propos de Shii, son président, « l’heure est à la mobilisation nationale pour le sauvetage et le redressement, indépendamment des divergences idéologiques. » Le Parti social-démocrate (PSD, anciennement Parti socialiste) estime dans la même veine que la « crise nationale » nécessite « un cadre de collaboration entre tous les partis politiques ».
La militarisation des secours et la gauche réformiste
La déclaration de l’état d’urgence nucléaire a donné le feu vert au déploiement de l’armée, nommée « Forces d’autodéfense » (FAD), plaçant de fait le nord-est du Japon sous la loi martiale. C’est la plus grande mobilisation militaire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale avec le déploiement de plus de 100 000 soldats et réservistes, 209 hélicoptères, 321 avions et 57 navires.
La législation permettant de mobiliser l’armée si facilement a été élaborée par un gouvernement précédent, la coalition dirigée par le Premier ministre PSD Tomiichi Murayama, après le séisme de 1995 à Kobe. Votée en 1999, la loi rendait obligatoire la militarisation des ports, aéroports et personnels médicaux civils en cas de « situations périlleuses ».
La loi stipule que les pompiers font partie de l’Etat. Mais contrairement aux flics et aux soldats, ce sont des travailleurs qui effectuent un service utile à la société. Nous soutenons les efforts des pompiers japonais pour créer un syndicat qui les représente. Les médias bourgeois ont quasiment passé sous silence les efforts des pompiers et des ouvriers qui travaillent sur les centrales à Fukushima. Par contre les FAD sont présentées comme des héros. Si leur mission consiste officiellement à fournir des moyens de transport et à aider à la distribution des fournitures de secours, la réalité est bien différente.
L’aide et les fournitures provenant d’autres pays sont restées dans les entrepôts pendant des semaines, lorsqu’elles n’étaient pas simplement renvoyées. Des couvertures d’Indonésie ont été refusées au prétexte qu’elles étaient trop minces ; 15 000 tonnes de riz de Thaïlande ont été carrément rejetées. Une tonne de matériel médical en provenance d’Ukraine, y compris des pastilles d’iode, n’a pas été accepté, n’ayant « pas reçu de certification » ; Singapour a dû affréter des camions privés pour livrer l’aide aux zones touchées. Comme après le tremblement de terre de Kobé, lorsque le gouvernement avait retardé la livraison même des biens de première nécessité, les yakuza (crime organisé) ont réussi à remettre des tonnes de matériel aux évacués.
Beaucoup d’évacués se plaignent de n’avoir eu pendant des semaines rien d’autre à manger, pour les plus chanceux, qu’une boule de riz, un bol de nouilles et un peu d’eau. Les syndicalistes et d’autres personnes qui sont allés au nord chercher des proches et apporter des vivres ont rapporté que depuis des semaines l’armée empêche l’aide d’arriver à ceux qui en ont besoin, bloquant les voitures civiles car les FAD doivent « sécuriser les voies de secours ». Des camionnettes de ravitaillement ont été refoulées des autoroutes principales ; les gares ferroviaires et les arrêts de bus seraient sous contrôle des FAD. Dans les villes, grandes et moyennes, les FAD sont aussi déployées en patrouilles « anti-délinquance », aux côtés de la police (Asahi Shimbun, 4 avril).
Les quotidiens bourgeois libéraux Mainichi et Asahi appellent à rationaliser les agences gouvernementales pour créer un système de commandement central similaire à celui qui fut appliqué après le grand séisme de Kanto en 1923. C’est dans les années 1920 au Japon, marquées par les chasses aux sorcières anticommunistes dans le cadre de la « loi pour la préservation de la paix », que les cliques militaristes réactionnaires gagnèrent de l’influence au gouvernement.
Bien dans sa ligne réformiste social-patriote, la plupart de la gauche japonaise soutient les mesures d’« urgence » et se plaint à l’occasion que la militarisation de la société ne soit pas suffisamment centralisée ou efficace. Ce ne sont pas seulement les sociaux-démocrates et les soi-disant communistes qui parlent ainsi : les groupes plus petits, parfois décrits comme la « nouvelle gauche », le font aussi pour l’essentiel. Ces organisations sont historiquement caractérisées par leur choix du « troisième camp » entre l’impérialisme et l’Union soviétique, une mince couverture à leur alignement direct derrière leur « propre » bourgeoisie.
Ainsi la critique principale du groupe Kakumaru contre le gouvernement est qu’il ne mobilise pas suffisamment l’armée pour défendre et protéger la population ; Kakumaru se plaint que « l’armée a été déployée au coup par coup » et trop lentement, et que le « gouvernement, l’armée nationale, les autorités locales comme la police n’ont pas mis en place de centre unique d’information » (Kaiho, 15 mars). Le PCJ et Kakumaru exigent la publication des photos de la zone frappée par le tsunami prises par les satellites envoyés dans l’espace pour espionner les Etats ouvriers déformés de Chine et de Corée du Nord. Kakumaru écrit : « Le gouvernement doit tout d’abord utiliser les capacités de collecte d’information de l’armée nationale japonaise et se servir pleinement des satellites espions pour prendre la mesure complète des dévastations dans toutes les zones » (Kaiho, 15 mars). Kakumaru exige aussi une meilleure collaboration entre l’armée et les flics.
Le groupe Chukaku, lui, prend une posture plus oppositionnelle vis-à-vis du gouvernement, mais relaie l’illusion que l’armée impérialiste japonaise peut être mise au service de la population. Chukaku se plaint que « le maintien de la sécurité nationale a été jugé prioritaire par rapport au secours des victimes et à l’approvisionnement de l’aide [par les FAD], qui sont mis à l’arrière-plan » (Zenshin, 21 mars). Si Chukaku appelle avec raison à un effort « autonome » de la classe ouvrière en soutien aux victimes de la catastrophe, il prétend en même temps que les soldats font partie de la classe ouvrière. Cette idée fait obstacle à ce que le prolétariat parvienne à une conscience de classe élémentaire. Cherchant à aider le capitalisme à redéfinir ses priorités, Chukaku recommande de « réduire les dépenses militaires » plutôt que les subventions pour les familles pauvres. L’orientation réformiste de Chukaku consiste à appeler à ne pas remettre en cause la Constitution et à essayer d’obtenir un gouvernement moins réactionnaire dans le cadre capitaliste ; le principal mot d’ordre de leur déclaration d’urgence du 12 mars est de « lutter contre le néolibéralisme ».
L’une des principales exigences du groupe Kakehashi, parfois identifié à tort au trotskysme, est la fermeture immédiate de toutes les centrales nucléaires. Tout comme les partisans plus traditionnels de l’écologie politique, il considère que la technologie est un problème plus grave que le capitalisme. Kakehashi est aussi en accord avec le PSD qui appelle à « tourner le dos à l’énergie nucléaire ». Le PCJ, de son côté, n’appelle pas à l’abolition du nucléaire ; il a depuis longtemps une position ouvertement nationaliste pour une autosuffisance énergétique du Japon. Même si nous avons la plus grande méfiance envers les industriels de l’énergie et leurs prétentions de disposer de réacteurs nucléaires sûrs sous le capitalisme, nous nous opposons à la croisade contre l’énergie nucléaire en soi.
Les Etats-Unis sont le seul pays à avoir utilisé des bombes atomiques (incinérant Hiroshima et Nagasaki pendant la Deuxième Guerre mondiale, alors que le Japon était en fait déjà vaincu) ; ils répandent maintenant la mort et la destruction en Afghanistan, en Irak et en Libye. Ceci n’empêche pas le gouvernement japonais d’essayer aujourd’hui de présenter sous un jour humanitaire l’armée américaine, qui appelle hypocritement Opération Tomodachi (ami) sa mobilisation militaire suite au tremblement de terre. Les capitalistes japonais cherchent à renforcer l’alliance militaire USA-Japon, qui est d’abord et avant tout une alliance anticommuniste, initialement dirigée contre l’Etat ouvrier dégénéré soviétique et ciblant aujourd’hui la Chine et la Corée du Nord. Avec près de 50 000 soldats américains répartis dans 85 bases militaires sur tout l’archipel japonais, cette alliance est aussi destinée à réprimer les luttes de la classe ouvrière militante dans toute l’Asie.
La bourgeoisie japonaise cherche toujours à en finir avec les sentiments pacifistes de la population – un héritage persistant de la défaite du Japon durant la Deuxième Guerre mondiale – ainsi qu’avec le mécontentement plus récent contre la présence des troupes US à Okinawa et ailleurs, et elle salue l’« opération d’aide mutuelle » avec l’armée US dans la crise en cours. Le ministre de la Défense Kitazawa exultait que « le traité de sécurité Japon-USA sera encore renforcé » (Yomiuri Shimbun, 4 avril). Nous disons : Les troupes des FAD déployées dans le nord du Japon doivent s’en aller ! Nous appelons à écraser l’alliance contre-révolutionnaire entre les impérialismes américain et japonais par des révolutions ouvrières des deux côtés du Pacifique.
Ils veulent faire payer les travailleurs
Possédant la dette publique la plus élevée au monde – le double de son PIB de 425 000 milliards de yens –, le Japon fait face à des coûts de reconstruction estimés dans un premier temps à quelque 4 000 milliards de yens. La destruction de la plupart des routes, des chemins de fer et des ports dans la zone touchée et les trois semaines de délestages électriques tournants dans l’est du pays ont porté un coup sévère à l’industrie japonaise qui a provoqué des répercussions internationales.
La région de Tohoku produisait 8 % du PIB. Elle abritait non seulement des terres cultivables et des fabriques de conserves, mais aussi des usines de pièces pour des sociétés géantes comme Toyota et Sony et des entreprises petites et moyennes alimentant en composants des multinationales comme Boeing, General Motors et Peugeot Citroën. Ces sociétés font maintenant des pieds et des mains pour trouver des composants, après avoir introduit le si vanté système japonais de stock à flux tendu. On estimait que d’ici fin mars la production automobile mondiale allait être réduite de 600 000 véhicules. Les mines et usines de traitement des minerais, telles celles qui produisent 33 % de l’iode et 10 % du titane au monde, ont été gravement endommagées. La Corée du Sud et Taïwan salivent aujourd’hui devant la possibilité de grappiller des parts du Japon sur les marchés des semi-conducteurs et composants électroniques. Les ports, de Rotterdam à ceux d’Asie, s’attendent à des cargaisons retardées et moins chargées dans la période à venir.
En quatre jours après le séisme, la Banque du Japon a versé 23 000 milliards de yens dans le système bancaire pour empêcher la Bourse de s’effondrer. Les zenekon – grandes sociétés de construction aux liens étroits avec les ministères – cherchent déjà à récolter d’énormes profits grâce à la reconstruction. La bourgeoisie est déterminée à faire payer le coût de la reconstruction par la classe ouvrière. Beaucoup de travailleurs ont perdu leur emploi ou sont temporairement au chômage et luttent pour obtenir une indemnité. Le gouvernement et la puissante fédération patronale Keidanren menacent d’augmenter les impôts et de réduire les subventions aux familles pauvres ; ces plans étaient déjà à l’œuvre avant la catastrophe. Maintenant on planifie de faire adopter une législation spéciale qui permettrait au gouvernement d’acheter des terres abandonnées par des victimes de tsunamis par « paiement forfaitaire rapide avant calcul exact des indemnités ».
Les masses déplacées doivent bénéficier d’un emploi – syndiqué, au tarif syndical avec les avantages correspondants –, d’un logement, de vêtements et de tout le nécessaire. Il faut un programme massif de travaux publics pour reconstruire les maisons, services publics, usines et infrastructures. Des comités ouvriers doivent être formés pour empêcher les projets de mauvaise qualité et les mesures de réduction des coûts qui mettent des vies en danger. Ces revendications, manifestement nécessaires aujourd’hui, sont des exemples de revendications transitoires telles que formulées par Léon Trotsky dans le Programme de transition de 1938, le document fondateur de la Quatrième Internationale. Leur raison d’être est de conduire les travailleurs de leur conscience actuelle à la compréhension qu’il faut en finir avec le système capitaliste une bonne fois pour toutes.
Nous appelons à l’expropriation sans indemnité des sociétés d’eau, de gaz, d’électricité sous un gouvernement ouvrier. Au contraire, certains groupes réformistes avancent des revendications de nationalisation sous le capitalisme. Un détour historique est instructif. Au Japon, l’industrie énergétique fut placée sous contrôle direct du gouvernement à la fin des années 1930, précisément pour aider à la mobilisation pour la guerre interimpérialiste à venir, la Deuxième Guerre mondiale. Contre l’opposition féroce des propriétaires bourgeois de ce secteur, le gouvernement, qui exprimait les intérêts plus profonds de la classe capitaliste, a instauré cette mesure dans le cadre de la loi de « mobilisation générale pour l’effort de guerre ». La structure actuelle de ce secteur fut établie après la guerre.
Dans d’autres circonstances, certaines industries capitalistes en difficulté peuvent être nationalisées parce qu’elles sont jugées indispensables au fonctionnement du système tout entier ou dans le but, grâce à l’argent public, de les moderniser et de les rendre plus rentables. En Grande-Bretagne, après la Deuxième Guerre mondiale, beaucoup d’entreprises en faillite furent nationalisées et leurs anciens propriétaires grassement indemnisés, alors que les travailleurs recevaient de maigres salaires et payaient des impôts élevés. Si nous nous opposons aux privatisations, qui s’accompagnent toujours d’attaques contre les syndicats, les salaires et les conditions de travail, le programme social-démocrate de nationalisations capitalistes n’a rien à voir avec la lutte pour arracher les moyens de production des mains des capitalistes par la révolution socialiste.
Aujourd’hui la réaction des syndicats souligne les contradictions au sein de ces organisations ouvrières. Les syndiqués de base ont montré un énorme élan de solidarité avec les victimes de la catastrophe, souvent accompagné d’une certaine volonté d’action indépendante. Beaucoup de syndicats collectent pour aider leurs membres et certains organisent leurs propres moyens de transport pour faire parvenir directement l’aide. En même temps le programme politique de la direction des trois centrales syndicales – Rengo, Zenrokyo et Zenroren – est de sacrifier les intérêts des travailleurs sur l’autel de l’« unité nationale » avec la bourgeoisie.
Dans cet ordre, plusieurs syndicats ont annoncé l’ajournement ou l’annulation des négociations salariales annuelles shunto. Alors que les travailleurs de Fukushima risquent leur vie en essayant de reprendre le contrôle de la centrale, leur direction syndicale renonce lâchement à toute demande d’augmentation de salaire ou d’amélioration des conditions de travail et de sécurité (Asahi Shimbun, 31 mars). Le syndicat des dockers, Zenkowan, a annulé une grève en mars, se joignant à la campagne d’« unité nationale ».
Si les groupes réformistes dénoncent régulièrement la direction droitière de Rengo, qui dans l’ensemble soutient politiquement le Parti démocrate bourgeois, ils se taisent sur la collaboration de classes que pratique la direction de Zenrokyo (lié au Parti social-démocrate) et de Zenroren (lié au PCJ). L’appel aux dons de Zenroren a été suivi par de nombreux travailleurs dans tout le pays et à l’étranger. Il est scandaleux que la direction syndicale ait remis cet argent aux gouvernements capitalistes municipaux de Miyagi, Iwate et Fukushima, autrement dit à ceux qui depuis des années couvrent les infractions à la sécurité de Tepco. En effet l’appel de Zenroren commençait en exprimant le « respect » de Zenroren pour le gouvernement qui soi-disant travaillait « nuit et jour » au problème de la catastrophe.
Il est urgent de mobiliser la classe ouvrière indépendamment de la bourgeoisie et de son Etat, notamment pour organiser rapidement une mobilisation massive des aides et leur distribution. Mais les dirigeants traîtres des syndicats, qui acceptent le cadre du capitalisme, s’opposent à cette perspective. Il n’y a pas d’intérêts communs entre d’un côté les travailleurs et opprimés, et de l’autre les capitalistes et leur gouvernement. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! La mort, la destruction et les épreuves endurées par les travailleurs japonais suite au désastre montrent clairement que le prolétariat doit prendre le pouvoir d’Etat des mains de la bourgeoisie, à l’échelle mondiale. Pour la construction d’un parti ouvrier révolutionnaire ! Pour une république ouvrière au Japon, dans une Asie socialiste !
http://www.icl-fi.org/francais/lebol/196/japon.html
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